Comme chaque année, Écran Total, magazine professionnel du cinéma, de l’audiovisuel, de l’animation et des effets visuels, a publié un Hors Série spécial Animation, listant entre autres les projets de courts et longs-métrages, séries, unitaires et créations numériques d’animation produits en France sur l’année en cours et celle à venir.
Y sont présenté·es les réalisateurices, auteurices graphiques et littéraires (quand existant·es), ainsi que les producteurices et studios de production de chacun des projets, accompagnés d’un pitch sans visuel systématiquement associé.
Alors qu’est ce qu’on produit en 2026 selon Écran Total ?
Résumé
Pour la 5ème année consécutive, Les Intervalles vous proposent donc un tour d’horizon de la production d’animation française en 2026 : qu’est ce qu’on produit, quels formats, techniques, cibles, et tendances narratives du moment, la parité adviendra-t-elle enfin cette année aux postes clés ? (spoiler : non). En parallèle, une sélection des séries et de longs-métrages qui nous ont semblé les plus originaux. Les pitchs étant parfois très courts, ou peu évocateurs, sans trailer ou visuels comme au Cartoon Movie ou au Cartoon Forum, il nous a été moins aisé de faire notre sélection. Les projets ont par ailleurs encore largement le temps d’évoluer, étant encore, pour la majorité d’entre eux, à l’état de développement.
Le nombre de projets continue de baisser par rapport à 2024 et 2025. C’est particulièrement visible pour les courts-métrages, moins aisés à financer, où on ne retrouve que 69% du nombre de projets présentés en 2024. Plus inquiétant, ce même pourcentage vaut pour les séries, qui est le plus gros moteur de notre industrie : de 228 projets listés en 2024, puis 200 en 2025, seuls 159 projets sont visibles pour 2026.
La crise qui touche le secteur est censée, à en croire les derniers rapports d’Audiens et du CNC, se résorber progressivement, mais l’impact sur les productions ne se fait pas encore sentir. Reste que sur l’ensemble des formats, 120 projets sont déjà annoncés comme étant en pré-production ou en production, dont 46 séries et 20 longs-métrages. Les emplois sont encore existants, simplement moins aisés à trouver, surtout avec la concurrence accrue entre les diplômé·es sortant d’école et avec l’arrivée sur le marché des seniors de Cyber Group Studio, Team TO et autres qui ont vu l’entreprise pour laquelle iels travaillaient parfois en permittence depuis des années fermer ou réduire ses équipes.
Sur 159 projets de séries, 108 sont encore en développement, dont 60 annoncent une entrée en production en 2026. Nous vous invitons à acheter le Hors Série pour avoir le détail des projets concernés. Pour le long-métrage, plus de la moitié des 73 projets listés sont encore en développement, et 44 films, parfois déjà en pré-production ou en prod, ont des dates de production qui courent sur 2026.
Il est possible que certains projets soient passés entre les mailles du filet d’Écran Total, ou qu’ils n’aient pas encore été annoncés. De nouvelles séries, unitaires, courts et longs-métrages sont donc susceptibles d’apparaître d’ici la fin de l’année 2026. Nous vous invitons à checker notre boîte noire pour retrouver le détail des statistiques liées aux projets.
Formats
Les séries restent, comme toujours, le type de projet le plus produit en France : plus aisé à vendre à l’international, aux chaînes TV et aux plateformes de streaming, c’est la production “de masse” de l’industrie du film d’animation française. On verra pourtant qu’il n’y en a pas encore pour tous les goûts et tous les âges. Le court-métrage reste vaillant, mais a beaucoup perdu, arrivant presque au même niveau que le long-métrage, moins impacté par la crise. Les unitaires et créations numériques restent des formats très secondaires, en quantité, les diffuseurs n’ayant pas nécessairement de créneaux dédiés pour ces derniers.

Cibles
Depuis le début des années 2020, les catégories de cibles ont évolué au-delà des classiques audiences que sont le preschool (3-4 ans), upper preschool (4-6 ans), bridge (6-8 ans), kids (8-10 ans) et tweens (10-12 ans). On retrouve de plus en plus de catégories d’âges mixtes, parfois très larges, allant dans ce Hors-Série jusqu’à du 5-13 ans pour certains projets. La catégorie “enfants” s’est quelque peu développée, sans que l’on sache bien à quel public elle correspond. Le “tout public” existait auparavant, mais correspondait plutôt à un niveau d’accessibilité d’une œuvre, signifiant qu’elle n’était déconseillée ou interdite à aucune tranche d’âge. De fait, nous n’avons pris en compte ici que les principales catégories d’âge, certaines n’apparaissant que très sporadiquement dans les projets listés. Ces derniers ont souvent plusieurs cibles renseignées, ce qui explique que le total, pour chaque format, fasse plus de 100%.
Le public adolescent reste le grand absent des audiences visées par le film d’animation : quel que soit son format, il n’est jamais pris en compte, à moins que la catégorie “jeune adulte”, mal définie, ne les intègre en son sein. On se retrouve encore, pour le cinéma, à produire majoritairement pour la famille (autrement dit, pour les enfants à partir de 6-8 ans), pour un public adulte dans le court-métrage, et pour les 6-10 ans pour les séries, cible élargie qui n’existait pas avant les années 2020.
La bonne nouvelle est chez le public pré-adolescent (10-13 ans) qui se développe, surtout chez les unitaires, potentiellement parce que c’est un format qui permet aux producteurs et diffuseurs de tâter le terrain sur cette cible qu’ils connaissent mal, sans s’engager sur l’intégralité d’une série ou sur tout un film.

Techniques
La 2D reste la dominante pour l’ensemble du secteur, quel que soit le format, sauf pour la création numérique où elle est absente à moins d’être mixée avec la 3D. À l’inverse, la 3D se retrouve très peu dans le court-métrage, et suffisamment peu dans l’unitaire pour laisser une place notable au volume, à hauteur de 10% des projets.
La crise et la chute de Cyber Group, Team TO et Mikros n’y font rien à l’affaire : la 2D a toujours été majoritaire dans les productions d’animation françaises, moins chère à fabriquer et moins soumise à l’évolution technique que les rendus 3D qui ont encore beaucoup évolué ces dix dernières années.
On aurait par contre pu penser qu’après la vague des films 2D-3D de Sony Animation (“Spider-Man: Across the Spider-Verse”, “Les Mitchell contre les machines”, “K-pop Demon Hunters” etc.), la France aurait pris le train en route et développer plus de projets mêlant animation 2D et 3D. Cependant, la complexité des pipelines et des financements à débloquer pour les réaliser font que les productions françaises mélangent finalement peu les deux techniques, et quand elles le font, c’est de manière plus minimaliste et raisonnée que les énormes productions américaines.


Parité
Les chiffres ne correspondent pas à ceux des derniers rapports Audiens et CNC, qui font état de 55% de réalisatrices en 2024, incluant probablement dans le calcul les 1ères et 2ndes assistantes réalisatrices. Nous faisons plutôt état, tous formats et techniques confondus, de 35% de réalisatrices, pourcentage qui dépend très largement de la présence des femmes à la réalisation de courts-métrages, où elles culminent à 57% des réalisateurices listé·es.
De même à l’écriture, le rapport d’Audiens sur l’année 2024 fait état de 52% de femmes, mais cela inclut les coordinatrices et directrices d’écriture, voire certaines productrices et réalisatrices qui peuvent faire partie de l’équipe d’écriture. Les auteurices littéraires ne comptent cependant pas pour l’intégralité de cette dernière, car d’autres scénaristes peuvent rejoindre les projets une fois le développement validé.

Quand on rentre dans le détail, sur le long-métrage et la série, on peine à dépasser un quart de réalisatrices. Les autrices littéraires et graphiques sont quelque peu plus présentes en série qu’en long, mais, comme les réalisatrices, c’est surtout sur les courts-métrages et les unitaires qu’on les retrouve. Or, la reconnaissance professionnelle et médiatique passe d’abord par le long-métrage, puis par la série, le court-métrage étant malheureusement souvent au mieux vu comme un tremplin vers le long. Les projets y ont souvent de très petits budgets, mais le ton y est aussi plus libre. Il est possible que certaines réalisatrices et autrices s’épanouissent dès lors plus dans le court que dans le corset formaté de la série.
Là où le bas blesse, c’est sur les techniques : la 3D, sur l’ensemble des formats, est encore peu accessible aux réalisatrices, qui sont à l’inverse beaucoup plus présentes sur les techniques en volume et mixte (au-delà de la 2D-3D, incluant par exemple des images d’archives, de la prise de vues réelles, ou un mélange 2D, 3D et volume).

Quand on regarde par formats et par cibles (voir boîte noire), sur l’ensemble des personnes listées à la réalisation, les femmes sont plus présentes sur de la série à destination des 3-6 ans et sur les quelques rares séries listées tout public. Elles en viennent même à être moins nombreuses, dans la catégorie phare des séries 6-10 ans, que les projets sans réalisateurice·s annoncée·s pour cette même catégorie. Quant au long-métrage, si on s’attarde sur les deux cibles principales, à savoir la famille et les adultes, qui comptent le plus de projets et de réalisateurices listé·es, les femmes ne réalisent que 26% de la première catégorie et 25% de la seconde. On est donc encore loin de la parité annoncée, car même si leur présence est majoritaire dans le court-métrage, les réalisatrices de long et de série sont sous représentées dans les chiffres, même sur les projets aux cibles plus fréquentes.
Concernant les auteurices littéraires et graphiques, s’iels peuvent changer ou voir leur équipe complétée en cours de production, leur apport aux projets dès leur développement est primordial et va grandement impacter les représentations qui y sont faites. Avoir moins de 40% de femmes pour ces deux postes clés en série et en long laisse craindre des biais de représentation genrés dans les productions, et des récits moins originaux, voire, pour certains, moins légitimes.


Les tendances scénaristiques du moment
Dans les longs-métrages comme dans les séries, les sorcières sont à la mode, mais elles sont malheureusement encore majoritairement présentées comme des figures repoussoir, que la protagoniste (car il s’agit toujours d’une fille) rejette, parce que “bizarre” ou “maléfique”. Il est déplorable qu’il existe encore aujourd’hui des projets vantant une féminité traditionnelle, une “normalité” patriarcale, dans laquelle les femmes à fort caractère, indépendantes, ou simplement en dehors desdites normes, soient quasi systématiquement vues comme négatives.
Dans ce contexte, les questions de transmission intergénérationnelle ont l’air, à la lecture de certains pitchs, de passer au second plan, ou d’être réduites à une tradition dépassée et peu intéressante. C’est le cas dans “Cornebidouille” chez Les Armateurs, mais aussi dans la saison 2 du “Collège Noir” ou dans “Verte” chez Folimages. D’autres, comme “Zouk”, “Witch Détective” ou “Brume”, font des pouvoirs de la sorcière un simple outil pour installer du surnaturel ou une quête dans la narration.
Enfin, certains, comme “Witchcraft”, à la Chouette Compagnie, font de la sorcière une sorte de super héroïne, gardienne, protectrice, dont les pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Mais de sororité ou de savoir intergénérationnel, il n’est toujours pas question à la lecture de ces pitchs, alors même que certains settings s’y prêtent aisément. Peut-être le développement littéraire de ces séries et longs-métrages leur permettra d’amener un peu plus de subtilité dans l’écriture de ce type de personnage et dans les relations qu’il entretient avec les protagonistes.
Concernant les longs-métrages, beaucoup de fresques historiques sont proposées, axées sur des luttes collectives ou des parcours individuels insolites. On y retrouve des histoires très locales ou touchant de larges communautés, dans des œuvres de fiction qui semblent très attachées au réel.
Côté série, force est de constater que le sport n’a plus trop la côte : rares sont les projets, qui en font un sujet ou même une toile de fond. On retrouve par contre beaucoup de projets dont la base narrative est un groupe d’enfants dont dépend l’avenir du monde, schéma narratif qui nourrit le trope de l’élu·e, du sauveur messianique, et qui exclut tout propos sur les responsabilités collectives dans la résolution de conflit, surtout à grande échelle.
Sélection de projets remarqués
Séries
Adulte responsable
Alors que le voile de l’enfance se lève progressivement, dans de nombreuses cultures, d’anciennes cérémonies guident certains jeunes à travers le mystérieux seuil de l’âge adulte. De la Communion au Mitza, de la Quinceanera au Taklif, chaque rite de passage offre une fenêtre unique sur les interrogations profondes des jeunes esprits face à la responsabilité, la moralité, et la découverte de soi. Ces transitions ne sont pas seulement des célébrations, mais des étapes clés où se façonnent des identités, où les enfants sculptent leur vision du monde et du futur adulte qu’ils aspirent à devenir. (Amopix)
Soutenu par le Bordeaux Animation Workshop, ce projet capsule pour les 10-13 ans promet des récits que l’on voit peu à l’écran, car très situés et ancrés traditionnellement. Il inclut le passage à l’âge adulte dans un processus culturel et social, au-delà d’une démarche purement individuelle, avec une direction artistique souple et colorée.

Racines
Les cheveux crépus de Rose, créole blanche vivant à Paris, tombent par poignées, épuisés par les défrisages et le diktat du lisse. Ils se rebellent pile au moment où Rose retourne à la Réunion et que le regard de sa famille l’attend au tournant. Cheveux crépus matters ! (Gao Shan Pictures)
Une BD plutôt originale par rapport à celles qu’on voit en général choisies pour les adapter en série d’animation. Un one shot autobiographique, sur un vécu spécifique qui parle en sous texte de racisme, de normes de beauté, de colonialisme et de sororité. Et une cible aussi rare, pré-adolescente, pour démonter les clichés liés aux cheveux crépus ! Coréalisé par Charlotte Cambon, que l’on connaît déjà pour avoir coréalisé Les Culottées avec Mai Nguyen, et Amandine Boyer, il est cependant curieux de ne pas voir l’autrice de la BD d’origine, Lou Lubie, à l’écriture graphique et littéraire du projet.

Tulip
Quand Tulip décide de quitter son petit ami parfait mais en vérité étouffant, elle goutte à la liberté et en est complètement terrifiée. Accompagnée par un Chat, sage mais un peu prétentieux, et une Mite lui rappelant sans cesse ses erreurs, Tulip navigue à travers les conséquences de son choix et apprend à s’accepter toute entière, parts d’ombre et imperfections comprises. (Avec ou Sans Nous)
Première série de l’artiste italo-hongroise Julia Tudisco, Tulip pourrait être un projet cathartique pour sa réalisatrice, en explorant la réalité d’une relation toxique et l’émancipation qui découle de sa libération. Sera-t-il question d’un parcours personnel et spécifique ou cherchera-t-il à amener le public à se questionner sur le systémisme de cette toxicité ? La cible tout public pose elle question, tant le récit semble plutôt se tourner vers une audience adulte.

20 allée de la danse
Lorsque Maya quitte l’île de la Réunion pour rejoindre la prestigieuse école de danse de l’opéra de Paris, elle ignore que son destin est sur le point de changer à jamais. Plongée dans l’inconnu, loin de chez elle, elle avance à travers ses joies et peines, guidée par un seul rêve : devenir un jour une danseuse étoile. (Cottonwood Media)
L’opéra de Paris est une institution qui tend à un fort formatage, notamment des corps, ce qui ne doit pas être éludé, en particulier quand le public cible (6-10 ans) est à un âge où l’on se cherche encore. D’autant plus que le parti pris d’une 3D réaliste rend avantageusement compte de ces corps uniformément sveltes et athlétiques. Si le projet ne semble pas ici se centrer sur le milieu de la danse classique, mais plutôt sur la découverte et la solidarité, on peut malgré tout espérer qu’il garde une distance critique sur la notion d’excellence, et qu’il ne tombe par ailleurs pas dans le white saviorism.

Histoire de Jérusalem
Il y a 4000 ans, Jérusalem était une petite bourgade isolée, perchée sur une ligne de crête entre la Méditerranée et le désert. Aujourd’hui, c’est une agglomération de presque un million d’habitants, qui focalise les regards et attire les visiteurs du monde entier. Entre-temps, les monothéismes y ont été inventés, les plus grands conquérants s’en sont emparés, les plus grands empires s’y sont affrontés. Tour à tour, égyptienne, perse, juive, romaine, israélienne, palestinienne, byzantine, arabe, croisée, mamelouk, ottomane, anglaise, jordanienne, Jérusalem est au cœur des intérêts et des passions du monde. Berceau du judaïsme, du christianisme et de l’islam, elle est aujourd’hui une capitale spirituelle pour plus de la moitié de l’humanité. (Darjeeling)
Une série documentaire, adaptée d’une BD dont l’auteur est plutôt spécialisé sur les sujets historiques, qui peut être d’autant plus utile alors qu’Israël génocide et colonise la Palestine. Le format (4×52’) laisse à penser que le contenu de la BD ne sera pas appauvri ou réduit dans son adaptation.

Avocado Jackfruit
Avocado Jackfruit est une série d’animation 2D originale de 13 épisodes de 22 minutes, pour les enfants à partir de 7 ans, créée et réalisée par Paul O Miuris en coproduction avec le studio irlandais Studio Meala. Série d’aventure et comédie, on y suit notre héros Avocado Jackfruit, une moitié d’avocat portant une mystérieuse pierre précieuse en guide de noyau, faisant équipe avec Demi, une petite fille humaine curieuse et tenace. Ensemble, ils affrontent des insectes envahisseurs tout en cherchant un moyen de ramener Avocado chez lui et de résoudre le mystère qui entoure sa pierre précieuse. (Gao Shan Pictures)
Une série originale, coproduite avec l’Irlande d’où vient le réalisateur, et dont on peut espérer qu’elle soit feuilletonnante vu son format (13×22’), mais dont la cible élargie (6-13 ans) laisse à penser que l’ambiance mystérieuse et l’aventure risquent d’être un peu lisses et à la complexité réduite.

Beasties
Fraîchement larguée par son copain, Lucy est retournée vivre chez sa mère, qui a beaucoup mieux réussi qu’elle. Elle qui rêvait sa vingtaine à l’image d’un clip de Britney Spears, la voici coincée dans une réalité rythmée par les animaux intrusifs, pour le meilleur comme pour le pire. Entre des plans culs foireux, des crises d’angoisse à répétition, des mommy issues et une pulsion sexuelle mal canalisée, Lucy tente tant bien que mal de traverser les « plus belles années de sa vie ». (Silex Films)
Dans une veine similaire à “Garces” et “ça va Clara”, “Beasties” promet peut-être un point de vue un peu original et piquant par rapport aux productions jeunes adultes et adultes plus classiques. On espère que la série assumera de mettre en scène un quotidien réaliste, un peu chaotique, pas édulcoré encore moins enjolivé. Avoir le personnage de la mère aussi présent, dans un récit de tranche de vie de jeune femme adulte, est par ailleurs d’autant plus louable qu’on a peu de représentations de mère en dehors de leur rôle purement parental envers des petits enfants.

Ash / Cendre
Dans un conte de fée, moderne et amusant, une jeune fille de 13 ans nommée ASH, qui se croyait humaine depuis toujours, commence à développer d’étranges pouvoirs magiques et découvre qu’elle traverse la Fééria, la puberté des fées ! Quoi ? Pourquoi ? Comment ? Et surtout, quelle catastrophe ! Car non seulement la magie est interdite dans le royaume, mais en plus, ses pouvoirs s’avèrent incontrôlables ! Seulement, ses parents ont été transformés en animaux enchantés et le seul moyen de les sauver est de mettre la main sur la Baguette de Noisetier, avant que sa tante, une fée maléfique, ne la trouve en premier ! (Gaumont)
Si l’enjeu est d’apaiser l’appréhension des enfants face à la puberté, l’arrivée ici présentée comme exceptionnellement fulgurante et inattendue pour la protagoniste évoluera, on l’espère, vers une dédiabolisation et une banalisation de cette métamorphose, un peu à la manière d’”Alerte Rouge”. Même s’il est agréable de voir le sujet de la puberté frontalement abordé, il serait par ailleurs dommage qu’il ne soit traité que comme un simple gimmick source d’aventures, ce qui peut inquiéter du fait de la cible de la série, 6-10 ans.

Hair’Mess
Hair’mess s’intéresse à un sujet qui décoiffe : le cheveu. Sous forme de documentaire animé, la série démêle les traumas et shampouine les idées reçues ! (Melting productions)
Sans réalisateurice pour l’instant annoncé, mais développé par Vic Roure, un sociologue qui travaille sur les discriminations capillaires, le projet a le mérite de sortir des sentiers battus, pas tant par sa cible (adulte) ou son format (15×5’) que par sa forme documentaire et ouvertement politique. Le projet montre qu’il découle d’un podcast de Radio France, « Queer Chevelu » qui « vise à déconstruire les préjugés en donnant la parole aux personnes concernées et en montrant comment les « trajectoires capillaires » de chaque personne soulignent la complexité du rapport à soi, aux autres et à la société. » On souhaite que son adaptation démonte aussi bien les idées préconçues liées à la chevelure.

Merveilles et légendes d’Afrique
La série propose un voyage pittoresque et inédit à travers l’Afrique subsaharienne pour en découvrir la beauté et la diversité. Personnages humains et animaux de tous poils, plumes, crins, écailles, donnent vie à des histoires originales et attachantes qui illustrent la sagesse populaire africaine, sa fantaisie et sa poésie, en valorisant la transmission intergénérationnelle si chère à la grande tradition africaine. (Le Regard Sonore)
Il est appréciable de ramener des pans de cultures africains dans l’animation (et l’audiovisuel et cinéma de manière plus large), d’autant plus pour découvrir de nouveaux récits et folklores. Mais le pitch et sa formulation, autour du “pittoresque” et l’absence de précisions de localisation, font peser la crainte d’un regard colonialiste et essentialisant encore imprégné dans l’imaginaire collectif blanc. Le duo de réalisateurices, également à l’écriture, n’étant a priori pas concerné par cet héritage culturel, on peut se demander si des auteur·ices et artistes africain·es sont impliqué·es dans le projet.

Comme un poison dans l’eau
Et si votre verre d’eau du robinet n’était pas si limpide ? La série révèle les poisons invisibles qui s’y cachent et raconte leur histoire, entre science, société et humour grinçant. (Kawanimation)
Un format capsule qui risque de ne pas pouvoir traiter toutes les complexités des pollutions aquatiques, mais qui aura au moins le mérite d’aborder un sujet méconnu du grand public. Encore faut-il qu’il soit documentaire et assume sa portée politique, en abordant non pas uniquement la gestion de l’eau courante, mais également les pollutions néocoloniales au chlordécone dans les Antilles, celle aux nitrates issus de l’agriculture industrielle en Bretagne, ou des eaux de sources de Nestlé. Avec un jeune duo de réalisatrices à la barre, Alix de Clerk et Alice Diop (a priori rien à voir avec sa déjà célèbre homonyme), on croise les doigts pour une belle série coup de poing.
Femmes, voyageuses et botanistes
Elles ont remonté l’Amazone, escaladé des sommets, traversé des déserts, utilisé pour la première fois la photo comme support à la recherche scientifique, fait de la prison parce qu’elles revendiquaient le vote des femmes et leur accès à l’éducation, se sont formées sans pouvoir obtenir de diplôme. Elles ont sillonné le monde et fait avancer la science botanique. Les connaissez-vous ? Cette série vous propose de partir à la rencontre de dix femmes d’exception, qui, du 17ème au milieu du 20ème siècle, se sont engagées pour le savoir et la préservation de l’environnement et dont le nom a été injustement oublié. (Sacrebleu)
On est sur une forme classique d’anthologie féministe, ici dédiée à la botanique. Format qui s’est développé depuis une dizaine d’années, d’abord en BD, en anthologie littéraire, en podcast, vidéo youtube etc. Le sujet mérite d’être traité, mais encore faut-il qu’il le soit correctement : sans idéaliser les figures féminines mises en avant, sans oublier le contexte colonial auquel ont dû participer certaines de ces scientifiques, et en mettant en parallèle en avant la systématisation de leur effacement, de leur invisibilisation.
Intimitrucs
Pourquoi on ne peut pas vivre tout nu ? Qu’est ce qu’une partie intime ? Pourquoi on ne peut pas toujours faire des bisous aux autres ? Comment apprendre à dire non ? Qu’est ce qu’un adulte de confiance ? Comment reconnaître un bon d’un mauvais secret ? Quand on est petit, on se questionne aussi sur le corps, la vie affective et relationnelle. Pas facile de trouver des réponses ! (Tournez s’il vous plaît)
Un projet d’éducation à la vie sexuelle et affective à destination du jeune public (5-7 ans), qui devra, s’il veut être complet, aborder aussi les questions liées à l’inceste, au consentement et à l’apprentissage du corps. Un lien avec le programme EVRAS et des spécialistes du sujet seraient nécessaires, ainsi qu’un accompagnement avec des parents, dont les enfants auront probablement plus de questions que de réponses après ces courts épisodes de 3’. Difficile, sur la seule base du pitch, de savoir comment le projet traitera cet enseignement, à la manière des “Sexo trucs”, produit par le même studio et aussi réalisé par Pauline Brunner, ou complètement différemment.
Longs-métrages
Yap Yap
Naïa, une jeune collégienne introvertie et complexée, vit au cœur d’une ville bétonnée, que sa mère architecte a contribué à construire. Un choix de vie que la grand-mère de Naïa, fervente écologiste, a du mal à accepter. Avec l’aide de cette dernière, Naïa découvre un jour, en plein cœur de la cité, un monde magique peuplé de créatures étonnantes et adorables, une forêt luxuriante où les humains sont interdits : YAP YAP. C’est décidé : ce monde sera son nouveau terrain de jeu, son refuge, sa cabane. Mais Yap Yap dépérit peu à peu, menacé par l’expansion de la ville. Naïa devra alors faire un choix crucial pour protéger Yap Yap et ses proches (Autour de Minuit)
Un récit centré sur un conflit intergénérationnel et de l’écologie ? Les deux thèmes sont des plus actuels, et le remplacement du méchant pollueur par un membre de la famille rend le tout beaucoup intriguant, permettant peut-être d’amener un discours nuancé sur le sujet. À voir si, dans ce cadre, le fantastique ne change pas les questions d’écologie en simple gimmick, surtout pour un long-métrage qui se veut avant tout familial.

Saima : scènes d’une crise de la quarantaine
Saima, une juge de quarante ans, sent que quelque chose ne va pas lorsque son Ludvig chéri devient distant lors d’un voyage professionnel. Simultanément,un paquet contenant une mystérieuse grenouille en bois arrive à son bureau. À son retour, Ludvig avoue l’avoir trompée, confirmant les peurs de Saima. La grenouille, un objet troublant lié à la mère distante de Saima, apparaît de manière inattendue à différents endroits, déclenchant par sa simple présence une série de cauchemars, brouillant la frontière entre la réalité et la peur. (Avec ou Sans Vous)
Est-ce que les hétérosexuel·les vont bien ? (non). Autant un projet de long-métrage sur les craintes féminines qui déboulent avec l’âge, et sur le lien à la mère, sont des sujets peu traités dans nos films d’animation, autant l’homme qui trompe et déçoit est un sujet des plus banals et attendus. Doit-on s’attendre à de l’humour absurde ou à un thriller psychologique ? Difficile de se projeter sur le ton de ce film qui pourrait être tout à la fois cathartique et grinçant, ou déprimant et sirupeux.

Kolaval
Dans un petit village, Nichim, une guerrière née dans une famille de brodeurs, est contrainte à se marier comme seul espoir d’arrêter une violente invasion dans son village. Croyant aux légendes que lui raconte sa grand-mère, elle décide de s’enfuir. (Ikki Films)
Se situe-t-on dans une réalité contemporaine ou dans un conte intemporel ? Le fait que la jeune protagoniste fuit le mariage forcé au péril de la survie de son village rend la situation plus complexe et riche. Mais cela pourrait aussi se traduire, par une intervention magique ici sous-entendue, comme un cas unique à résoudre, et non une discrimination violente et systémique qui perdure à travers les âges.

Le Chevalier englouti
Dans un village au Moyen Âge où les enfants ont interdiction d’approcher de la mer, Anna, dix ans, va former un duo improbable avec sa grand-mère fantasque et mystérieuse pour se confronter aux secrets de la cité submergée d’Ys au terrible Chevalier Englouti. (L’Incroyable Studio)
Depuis “Le Collège Noir”, on attend que d’autres auteurices et réalisateurices s’emparent de leurs légendes locales et régionales pour les retravailler et dépoussiérer de vieux récits. Ici inspiré de la cité d’Ys, engloutie par les sorcières (ou le diable, ça dépend des versions), le projet encore sans réalisateurice annoncé promet cependant une direction artistique soignée, avec le couple de dessinateurices auteurices Kerscoët aux commandes. Prions simplement pour que leur style ne soit pas autant lissé qu’il l’a été sur “Migration”, chez Illumination.

The Mystery Woman
New York, 1926. Dans une Amérique industrielle qui broie les individus précaires, Lilian Alling, jeune immigrée polonaise, décide de retourner chez elle. Sans un sou en poche, elle va traverser le continent jusqu’à la Sibérie…à pied. Un siècle plus tard, une réalisatrice française suit les pas de Lilian, guidée par les rares traces de son parcours et par la nébuleuse de récits qu’elle a suscitée. Cheminant entre le réel et l’imaginaire, l’archive et l’animation, The Mystery Woman est le récit de cette double quête, de la Côte Est aux colonies de peuplement canadiennes, des villes fantômes de la Ruée vers l’or aux peuples inuits du Détroit de Béring. À travers la légende de Lilian Alling et son insaisissable mystère, le film raconte le chemin d’émancipation d’une femme libre. (Les Astronautes)
Le pitch sort clairement du lot, entre documentaire et fiction, on espère qu’il n’ira pas jusqu’à l’idéalisation et la romantisation à outrance de son personnage principal et des épopées qu’elle a traversées. Réalisé par Aurélie Pollet, à qui on doit la série “Les Espionnes racontent” sur Arte, le rendu cru et sans fioriture des visuels disponibles laisse espérer un réalisme poignant et direct.

Togo viene del agua
1957, dans un quartier populaire de Caracas, le jeune José prend conscience d’une réalité envahie d’injustices dans un pays où les richesses coulent à flots. Il s’engage viscéralement dans la lutte révolutionnaire, il veut changer la société vénézuélienne. Soixante cinq ans après, José raconte ses souvenirs à Alessandro, douze ans, son petit fils français qui ne connaît pas le Venezuela. (Les Astronautes)
Alors qu’en 2026, nous débutons l’année par l’envahissement du Vénézuéla par les USA, la lecture de ce pitch nous a ramené à une histoire encore trop méconnue en France, et à l’importance de la transmission de l’histoire, de la grande, comme de la petite. Le réalisateur Gustavo Almenara, loin d’en être à son coup d’essai, avait entre autres déjà réalisé, avec Aurélie Pollet précédemment citée, “Des nouvelles de Yonas”, court documentaire d’animation qui retrace le parcours vers l’Europe d’un jeune Érythréen.

Désert
1889. Venu en France dans la troupe du Buffalo Bill’s Wild West Show Tour pour l’exposition universelle de Paris, Rahimé Valladier, dit le Mexicain, se lance à la recherche du Saint Esprit, un trésor soit disant laissé derrière eux par ses ancêtres, des protestants cévenols ayant fui la répression catholique qui a suivi la révocation de l’édit de Nantes (1685). Sur ses terres ancestrales, 200 ans après le départ des siens, et malgré la liberté de culte retrouvée, il découvre la difficile survie des Cévenols : après le boom du vers à soie et des mines de zinc, de plomb ou de charbon, les Cévennes se dépeuplent et se paupérisent dès le milieu du XIXème siècle. Au même moment, une loi impose à l’école la langue française au détriment de l’occitan. Une culture est en train de mourir. (Les Films d’Ici Méditerranée)
Beaucoup de sujets dans ce film : la répression religieuse, le déracinement, la paupérisation, la révolution industrielle, l’uniformisation d’un pays par l’effacement des identités régionales, le tout en moins d’une heure et demie, ça risque d’être sacrément dense. Le nouveau long-métrage d’Aurel, à qui ont doit déjà le superbe “Josep”, aura-t-il cette fois-ci un budget un peu plus conséquent ?

Saba
1936, Éthiopie, Sosina, une fillette de dix ans, se voit entraînée dans une chasse au légendaire trésor de la reine de Saba pour retrouver son père archéologue, capturé par le général fascite Servillo. En avion et à dos de chameau, de la cité d’Axoum aux couleurs chatoyantes du Dallol jusqu’au majestueux volcan Etra Ale, Sosina va affronter tous les dangers, accompagnée de Muluku, un jeune garçon exubérant, issu d’une tribu du Sud du pays. Notre duo d’enfants va faire un voyage rocambolesque à travers la Corne de l’Afrique pour sauver leur famille et parvenir à unifier contre l’envahisseur les différents peuples de ce qui était autrefois le royaume de la Reine de Saba. (Maybe Movies)
Le pitch promet une belle aventure originale, une première réalisation de long pour sa jeune réalisatrice Feben Elias, et un projet assez ambitieux qui, on l’espère, aura les moyens de ses ambitions. Le film gagnerait aussi probablement à s’attacher les services de scénaristes qui ne soient pas que des collègues blancs qui ont largement roulé leur bosse, malgré toute la sympathie qu’on leur porte.

Kigali Night
Samuel, 23 ans, arrive au Rwanda comme animateur audiovisuel au Centre Culturel Français de Kigali. Lui qui a fait ce choix pour échapper au service militaire, se retrouve dans un pays en guerre. L’armée française a établi son camp au sein même du Centre Culturel. Pendant les 18 mois qu’il passe sur place, les signaux annonçant le génocide se multiplient. Samuel ne veut pas y croire : son pays, la France, ne peut pas soutenir un régime qui commet ou encourage de telles exactions ! La seule chose qui compte pour lui, c’est de faire des films, et pour cela, il compromet ses valeurs et s’enferme dans le déni. Mais le doute s’installe, et ses convictions vacillent. Et Samuel ouvre enfin les yeux. (Parmi les Lucioles)
La rédemption passe par les images. Ce récit, autour du génocide des Tutsis, au Rwanda, encore peu assumé par la France, a le mérite d’aborder un sujet difficile, celui de la culpabilité, du déni, des horreurs commises par son pays, loin de l’image d’Épinal du roman national. Cela dit, adopter le point de vue du pauvre Français (qu’on devine blanc), dans un conflit qui n’est pas le sien, risque aussi de conserver une certaine distance vis-à-vis des événements qui seront montrés. Mais l’histoire étant celle réellement vécue par son réalisateur, Samuel Lajus, qui nous vient plutôt du documentaire, elle insistera probablement sur le devoir de mémoire et la subjectivité du souvenir, plutôt que sur la rédemption réelle de son protagoniste.

Suzanne
Copenhague 1952. Suzanne Noel se prépare à donner une conférence. Une jeune étudiante brésilienne, admiratrice de la chirurgienne française, va l’aider à dérouler le fil de sa vie faite de défis, de douleurs, de résilience et de sororité. Ce biopic associant animation et archives retrace le destin unique et inspirant de cette pionnière de la chirurgie esthétique. (Vivement Lundi)
Anaïs Caura et Joëlle Oosterlinck sont un duo de réalisatrices dont on connaît déjà le travail sur la série “The Man Woman Case”. Elles développent, en plus de “Suzanne”, un autre long-métrage, “Eugène”, et leur style et précision laissent espérer un film qui saura éviter les écueils du white saviorism, et respecter le réalisme et la profondeur de ces personnages historiques.


