Cartoon Movie 2026

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Illustration pour le Cartoon Movie

Pour la troisième année consécutive, Les Intervalles vous proposent un suivi des projets de longs-métrages pitchés au Cartoon Movie, ce rendez-vous professionnel annuel des producteurices et diffuseurices européen·nes en recherche de financement. 


Contrairement à notre article “Que produit-on en 2026 selon Écran Total”, les films présentés au Cartoon Movie ont, pour la plupart, teasers et visuels à disposition. Notre sélection n’en est alors que plus précise et minutieuse, avec une attention toute particulière apportée aux longs-métrages originaux, tant par la technique que par la narration et les personnes aux différents postes clés.

Vous trouverez ci-dessous l’article, ainsi que sa version PDF, à télécharger.



On compte près de moitié moins de longs-métrages qu’en 2025 (95 films pitchés) et près d’un tiers de moins qu’en 2024 (74 films) : 50 projets, dont un tiers produit en partie ou totalement par la France, ont été présentés lors de la convention bordelaise cette année.

Et si on ne trouvait pas de longs-métrages preschool en 2025, ils reviennent en 2026, quoique marginalement, avec deux films. La présence de projets à destination du public adolescent se résume également à deux films, aucune évolution de ce côté depuis 2024 donc.

La 2D reste majoritaire, car souvent moins coûteuse que l’animation 3D, avec 52% des projets pitchés contre 32% pour la 3D. On ne compte malheureusement qu’un seul film en volume, “Once Upon an Egg”, sur lequel la France n’est pas productrice.

Contrairement à ce qu’avance Animation Magazine, les talents féminins ne sont pas si bien représentés que cela au Cartoon Movie, puisque la parité n’est jamais atteinte, dans aucun des postes clés créatifs. C’est malheureusement sans surprise que les réalisatrices, autrices graphiques et littéraires sont le moins présentes dans les catégories de film les plus plébiscitées, celles qui visent la famille. On n’observe en parallèle pas de différence très marquée dans leur présence selon la technique d’animation du projet. Reste qu’on est encore loin de la parité sur l’ensemble des longs-métrages listés : les réalisatrices sont présentes à hauteur de 30%, autrices littéraires à 36% et autrices graphiques à 17%. Pour ces dernières, les producteurices peuvent encore se rattraper puisque 46% des auteurices graphiques ne sont tout simplement pas renseigné·es. De quoi donc rééquilibrer un peu la balance en engageant plus de femmes à ce poste clé.

Mais peut-être que l’inclusion et la diversité genrée se retrouvent plus du côté des protagonistes des films ? En effet, on retrouve 45% de femmes chez les protagonistes contre 51% chez les hommes (et 4% non précisés). Cependant, c’est parce que la majorité des films proposent un duo homme-femme en tête d’affiche que cette présence féminine est aussi importante : et là où on retrouve plusieurs projets en non mixité ou à majorité masculine (une quinzaine), on retrouve uniquement deux films centrés sur plusieurs personnages féminins. Beaucoup de projets mettent cependant en avant cette présence féminine dans leurs tags, parmi d’autres mots clés tels que “disability” (pour 6 projets), “sustainability” (6 projets), “inclusion” (11 projets) et “gender” (3 projets), sans que l’on sache toujours très bien à quoi cela se rapporte à la lecture du pitch et visionnage du teaser.

On notera enfin, dans l’ensemble des projets présentés, que plusieurs annoncent avoir utilisé de l’IA, soit dans leur teaser, comme pour “Tukuy”, soit dans leur conception, comme pour “Pedi­gree” et “Blaise”. Et si celui de “Aki­ra’s Fly­ing Wheelchair”, le premier gros projet 2D de Team TO, ne semble pas en contenir, contrairement à l’affiche du film, on pourra cependant regretter l’inspiration pas très subtile ni élégante des studios Ghibli, ainsi que le misérabilisme autour du protagoniste handicapé moteur.


Projets remarqués

The Heart of the Djembe

Eight-year-old Imani is a spirited girl living with her grandmother in the village of Alkeboulane. Her greatest dream? To play the djembe, just like her late father— and her brother, who carries on his legacy. But in Alkeboulane, women are forbidden to touch the instrument— doing so would risk invoking a powerful curse. When a relentless drought strikes, Imani embarks on a perilous journey deep into the wild : she must seek Denga, the god of abundance, and uncover the truth hidden within the forest. Can Imani save her village— and break the ancient curse of the djembe? A heart-pounding tale of music, magic, and courage, where one girl’s rhythm could change the fate of her world. (Cottonwood Media -France-; Booya Studio -Côte d’Ivoire-; Umedia -Bel­gique-)


Si le pitch ne brille pas par son originalité, l’imaginaire ivoirien est plus singulier, et la direction artistique, soignée et colorée, le font sortir du lot. Bien que le réalisateur soit blanc, il est accompagné d’auteurices littéraires et d’un coproducteur ivoirien·nes qui pourront éviter que le projet ne tombe dans l’exotisation facile. La présence de Joëlle Oosterlinck, à qui l’on doit “Man / Woman Case” avec Anaïs Caura, a également tendance à rassurer.


Flick!

Some people think they were born in the wrong place. Joy wasn’t — but she just never actually lived there. Born to an American father she never knew and a French mother, Joy has spent her life trapped in a sleepy valley in the Vosges mountains, bored out of her mind. That is, until she stumbles upon the body of a dead cowboy. (WIZZ -France-; FOST -France-)

Une direction artistique qui rappelle un peu du polar en BD, créée par Nicolas Pegon, réalisateur venu du collectif CRCR et avec déjà trois BD à son actif, à la croisée du dessin de l’école française et du comic book américain. Le tout entre d’autant plus en résonance avec un récit qui s’annonce à mi-chemin entre l’ambiance du far west et celle des Vosges profondes où se déroule l’action. Un genre de projet qu’on voit peu dans les productions adultes, et dont on a hâte de voir jusqu’où il poussera l’absurde et la finesse des personnages.


Onno & Ont­je – Friends Are the Best Gift

 “Onno & Ontje – Friends Are the Best Gift” is a heartwarming preschool film about friendship, sharing, and the true spirit of Christmas. On a tiny island in the Wadden Sea, lonely ex-fisherman Onno lives a quiet life until a cheerful otter named Ontje washes ashore. Despite Onno’s gruff nature, the lively otter melts his heart. As a snowstorm threatens to ruin Christmas—and with Onno’s wife stranded at sea—the unlikely pair must learn that friendship and kindness are the greatest gifts of all. (Blaue Pampelmuse -Allemagne-)

Un long-métrage preschool, pas forcément la cible la plus recommandée et plébiscitée pour les salles de cinéma, mais qui se rattrape avec un rendu pâte à modeler et des couleurs très douces, qui soutiendront on espère un rythme assez posé pour que les 3-4 ans puissent suivre sur la grosse heure que dure le film.


Dreamwalk­er

Lucy is a lively 11-year-old girl who loves skating, water ballet and hanging out with her best friends. But everything changes when she starts suffering from sleep attacks and is diagnosed with a rare sleep disorder called narcolepsy. In order to prevent accidents from happening, her parents become very protective, limiting her freedom. As her condition complicates even the simplest of everyday activities, she begins to grow apart from her friends.One day, a mysterious boy appears in her dreams. He has lost his memory and seems to be trapped in Lucy’s dream world. Lucy bonds with her strange visitor and they embark on an adventurous quest through Lucy’s bizarre and unpredictable dream scape in search of the key to his mystery.Throughout this unusual journey, the boy helps Lucy to accept her condition and take control of her life again. Meanwhile, in the real world, Lucy faces a battle to ultimately save her newfound friendship. (Vivi Film -Bel­gique-; Parmi les lucioles films -France-; Lighthouse Studios -Ir­lande-)


Un récit autour de l’acceptation de la maladie, en l’occurrence la narcolepsie, et de la volonté de ne pas la laisser contrôler sa vie. Cela fait plaisir de voir que le sujet semble frontalement mais sensiblement abordé dans un récit qui alterne entre la réalité et les rêves des sommeils impromptus de l’enfant pour développer son sujet. Avec une direction artistique qui n’est pas sans rappeler “Le Secret de Kells”, sur lequel le réalisateur Rudi Mertens, dont c’est le premier long, avait eu l’occasion d’animer.


Kin­dred Spirits

An Irish refugee child alone in New York of 1847. A Choctaw son far from the warmth of his family. When their paths align, MARA and TUSHKA will journey through epic adventures and magical encounters, watched over by Mara’s brother DAN, who cannot accept his own passing into the spirit realm. Together they are searching for a people to call family and a place to call home. Exploring the historic bond between the Irish and Choctaw nations, Kindred Spirits is a film about grace, compassion, and humanity. (Cartoon Saloon -Irlande-; Folivari -France-)

Inspiré d’un fait divers exceptionnel, où, en pleine famine irlandaise, la nation choctaw a fait un don à la nation irlandaise pour les soutenir, alors même qu’ils venaient de traverser un exode forcé, une véritable déportation par les Américains. Le réalisateur Tomm Moore, qu’on ne présente plus, rappelle la solidarité entre les peuples opprimés, et le fait que les Américains soient avant tout des colons. Jusqu’où le film ira dans son propos, vu sa cible familiale, cela reste à voir. On espère également que l’équipe du film saura s’entourer de personnes issues de la nation choctaw pour éviter tout impair de représentation dans le récit.


Kokum

In an ancient forest, the thousand-year-old ritual of Balance, designed to preserve the fragile barrier between the human world and the spirit world, is brutally interrupted by an attack from mysterious masked individuals. The synchronisation fails and the host of the ritual, a young girl, dies before the eyes of her mother, Makena. Devastated, Makena sets fire to the Tree-Universe and seizes the Artefact of Time, determined and convinced that she can defy the forbidden to bring her child back to life. Faced with this senseless act that threatens to tear the universes apart, the Baka Elders awaken Kokum, an ancient tracker who has been asleep for centuries. (Paul Thiltges Distributions -Lux­em­bourg-; Special Touch Studios -France-)

Le teaser en dit peu, mais les aperçus laissent espérer une direction artistique foisonnante, très axée sur les ambiances de couleur et de texture, avec une 3D moins lisse que ce qu’on observe le plus souvent en long-métrage. Un premier long pour son réalisateur Hassan Yola qui est sorti des Gobelins en 2023, et qui brille ici par son originalité visuelle et par un récit qui semble promettre des enjeux sans manichéisme, propices à des réflexions nuancées.


13th Floor

An imagined Galicia, in a near future. A strange fog —strange, toxic, and filled with monsters— covers the city, and probably the world, up to the height of the 13th floor. Below, no one was left alive. Above… Above the 13th floor, only those who, on that day when the fog appeared, chose not to go down survived. It’s been five months since that day, and most of them are still alive. But most doesn’t mean all. Because no one survives five months above an ocean of monsters without learning how to fish them —and no one learns how to fish them without finding something to use. They, the survivors, found something. They found it very quickly. And they founded a new world. A terrifying new world. (TREBOAMEDIA -Espagne-)

Le teaser ne donne qu’une maigre idée de la direction artistique, puisqu’il s’agit surtout de posings et de storyboard, mais il présente le film comme un potentiel huis clos d’horreur psychologique où les personnages perdent peu à peu leur humanité pour survivre. Et c’est peu dire que c’est un genre qu’on voit rarement en animation. Un concept simple et radical, basé sur un grand pessimisme quant à la nature humaine. Il s’agit de savoir comment l’histoire se développe au-delà du pitch, d’autant plus qu’aucun personnage n’est présenté.


Hap­py Hunt­ing vs the Apocalypse

Anthony, 25, escapes from a rehabilitation center to win back Julia, his childhood sweetheart. He ends up in Bouzin, a remote village where his uncle Gilou, Mayor Riton, and a group of hunters are addicted to gluten-free beer and crazy ideas. Very quickly, everything goes haywire: between a conspiracy theorist digging a bunker, a crooked entrepreneur, and a prophecy of the end of the world, Bouzin becomes the scene of collective madness. A pyramid of Babel, a regional coup, a survivalist sect, and an assault vehicle follow one another in an explosive satire on ordinary stupidity and the thirst for power. With the Apocalypse seemingly inevitable, will Anthony win Julia’s favor? (Kawanimation -France-)

Autant la série en deux saisons passe avec son petit budget d’animation de par son ton débridé et son écriture foutraquement drôle, autant tenir tout un long métrage avec une qualité graphique similaire et un rythme toujours aussi chaotique, ça risque de faire long. Cela peut aussi donner un caractère de spontanéité raccord avec l’actualité des sujets.


Night Tram

The Best Driver on the road to Metamorphosis. Despite her age, BOŽENA is the best tram driver in the city. But when she has to drive a modern tram, she loses her nerve and is fired. Božena refuses to give up and tries to find a new direction in her life. But she has to hurry, her body is aging and turning into a fragile BUG. The hope for Bozena is her granddaughter, who is growing as fast as Bozena is shrinking. (Negativ -République Tchèque-; Sacrebleu Productions -France-; BFilm -Slo­vaquie-; ArtShot -Litua­nie-)

Une métaphore sur la vieillesse, mais avec des images quelque peu malaisantes dans le teaser, un peu body horror, un peu harcèlement et agression dans un contexte médical. La direction artistique semble teintée de surréalisme pour parler de la difficulté de vieillir (rapport au corps, dévalorisation humaine, sexisme professionnel et médical). Sachant que la réalisatrice avait déjà fait un court métrage avec une chauffeuse de tram en 2012 qui se masturbe en conduisant le tramway, ce nouveau projet rend très curieux de son développement.


Until Death Unites Us

Lady Death is dying of boredom at work. After accidentally turning Grandfather George into a “Stuck Soul,” she must stay on Earth to help him finish his life mission. Living with his eccentric family — a spiritual dog, gothic teen Nikoleta, and fitness-obsessed Vita — she decides to explore human life and experience summer love. Instead of romance, she finds ghosting, sunburns, and beach days. But through it all, she discovers something greater: a deep love for living. She gives up immortality to live as a human — short, messy, but real. (GS Animation / Grupa Smacznego -Pologne-)

Le pitch en mode crise d’ado « carpe diem » qui vit sa vie à 200% a le mérite d’être plutôt original vu qu’associé au personnage de la Grande Faucheuse. Dommage que le budget ne soit pas un peu plus conséquent, pour aller au-delà du rendu shitpost youtube. Point bonus pour le « bravo les lesbiennes » dans le trailer.