Cartoon Forum 2025

cartoon forum 2025

Pour la troisième année consécutive, nous vous proposons un petit tour de piste des projets pitchés lors du Cartoon Forum, édition 2025. Avec les tendances du moment en termes de cibles, techniques et représentations.



Les tendances de l’édition 2025

Qu’est ce qu’on pitche en 2025 au Cartoon Forum ? Cette convention professionnelle, qui a lieu chaque année en septembre à Toulouse, est un des rendez-vous phare de l’animation européenne et plus largement, internationale. Les studios de production viennent y présenter pendant plusieurs jours des séries afin de trouver les financements pour les concrétiser auprès de coproducteurs et diffuseurs potentiels. Les projets sont donc encore au stade de développement, parfois sans réalisateurice, auteurice littéraire ou graphique renseigné·es. Le Cartoon Forum, tout comme son alter ego du long-métrage le Cartoon Movie, permettent de prendre le pouls de la production occidentale, des tendances évolutives de cible, de format, de récit et de technique. Il nous permet également d’observer la disparité genrée des postes selon ces mêmes critères.

Nous notons, parmi les tendances de l’année, beaucoup de projets, surtout pour des cibles jeunes, qui abordent la nature (pas forcément l’écologie cela dit) d’une manière ou d’une autre dans leur pitch, parfois insérée au chausse-pied, de manière assez artificielle. Nous remarquons également que l’espace semble avoir la cote, avec un certain nombre de projets qui s’y déroulent, quels que soient leur genre, cible et thématiques. Les propositions vont du classique au carrément vieillot, qui font regretter les beaux jours des Zinzins de l’espace et de Valérian et Laureline. Et autant les thématiques ouvertement féminines s’étaient bien faites sentir en 2024, notamment sur les projets à destination des Y/A et adultes, autant on observe plutôt cette année un amour de l’absurde, plus ou moins poussé, des séries visant cette audience. Les classiques un peu réchauffés sont toujours aussi présents : l’enfant et son animal de compagnie très spécial ou l’anthropomorphisme parfois étrange des animaux. On retrouve également peu de feuilletonnant, la période n’étant pas la plus propice aux projets réellement ambitieux, avec des arcs narratifs et de l’évolution de personnages. Enfin, alors que des discours écologiques relativement poussés se retrouvaient de plus en plus dans les projets de ces dernières années, on sent que le sujet ne fait plus partie des priorités actuelles et a une place bien plus réduite dans les séries pitchées durant cette édition.

Pour la première fois de son histoire, la fiche de chaque série précise si de l’IA (on peut supposer qu’il s’agit en l’occurrence d’IA générative) a été utilisée pour développer le projet. La très grande majorité répond par la négative, seules trois fiches ne précisent rien et une seule assume son utilisation de l’IAG (The Nimbus, chez Special Touch Studios). L’initiative, poussant à une plus grande transparence technique et artistique, est en tout cas à saluer, même si on imagine que les studios n’ont aucune contrainte à préciser s’ils ont ou non choisi de se servir d’IAG dans leur développement.

La France est toujours bien représentée à cet événement, regroupant à elle seule un bon tiers des séries pitchées. Il faut dire que l’écosystème de production animée française dépend pour beaucoup de la coproduction nationale et internationale. À l’inverse, le Royaume-Uni, bien qu’il soit passé depuis 2024 à la troisième position des plus grands pays producteurs de films d’animation (tous formats confondus), ne se déplace pas autant pour trouver des financements à ces projets. Il est probable qu’il s’appuie plus sur des événements américains comme le Kid Screen et sur l’Irlande comme coproducteur.

En terme de cible d’audience, on assiste à un rajeunissement qui contredit la tendance de ces dernières années où les projets preschool (2-4 ans) et upper preschool (5-6 ans) avaient énormément réduits, pour favoriser une cible jeune adulte (Y/A) et adultes, jusqu’à atteindre 22% des projets pitchés en 2024. 

En 2025, ce sont plus étonnamment les projets bridges (5-6 ans) et kids (6-9 ans), soit le coeur de la cible jeunesse de nos productions européennes, qui perdent leur prédominance. Les projets  pré-adolescents (9-11 ans) et adolescents (12-15 ans) restent toujours très minoritaires, du fait de la difficulté à les vendre aux chaînes tv et streamers qui font face à la concurrence de l’animation japonaise. Quant aux projets Y/A et adultes, si leur pourcentage s’est quelque peu réduit, leurs formats se sont développés : il s’agit encore très souvent de capsules (jusqu’à 7 minutes par épisode), mais on trouve également des projets plus ambitieux, avec notamment des épisodes d’une vingtaine de minutes.

L’animation 2D numérique est toujours largement dominante dans les projets présentés : ses pipelines moins lourds la rendent souvent plus accessibles à l’ensemble des studios présents, notamment à ceux issus de pays qui n’ont pas une activité de production de film d’animation extrêmement développée. On note malgré tout quelques projets en stop motion et mixte (au-delà de 2D/3D) et une résurgence de projets 2D traditionnels, bien que la France ne soit pas concernée par ces derniers.

Puisque les projets sont au stade de développement, ils ont encore le temps d’évoluer et les personnes en charge de la réalisation, de l’écriture, de la direction artistique, voire de la production, peuvent changer. Reste que pour ces postes clés, on est toujours loin d’atteindre la parité, quelle que soit la cible ou la technique du projet. On constate également que les chiffres n’évoluent pas : les femmes représentent toujours 24% des réalisateurices, et n’atteignent même pas les 40% d’auteurices littéraires. C’est d’autant plus étonnant que nombre de projets choisissent des protagonistes féminines, voire des récits très attachés à l’identité féminine des personnages. Il serait dès lors logique de favoriser des autrices graphiques et littéraires et des réalisatrices, qui seraient plus à même de développer ces thématiques, étant elles-mêmes concernées.

Si on pousse encore un peu plus précisément l’observation, en n’incluant que les personnes listées, donc en mettant de côté les absences de nom aux postes clés, la place des femmes à ces derniers ne semble pas avoir beaucoup évoluée ces cinq dernières années. Cette évolution dépend des pays présents et n’est pas imputable uniquement à la France ou au Cartoon Forum, mais une politique de quota ou de bonus/malus à la manière du CNC pourrait être une idée à explorer pour favoriser l’émergence de profils féminins dans nos productions, surtout à la réalisation. L’effort sera moindre en écriture, et les auteurices graphiques tendent à beaucoup évoluer d’une année à l’autre, selon les cibles et genres des projets présentés, mais les réalisatrices seraient les premières à en bénéficier.

Sélection de projets :

Roc & Lola

Pitch : How can a hedgehog and a balloon be friends? Roc and Lola are unlikely companions, but their bond is strong. Roc’s patience and Lola’s fearless curiosity help them grow together, learning from each other — Roc becomes braver, and Lola learns caution. Despite their differences, their shared love for adventure unites them. They explore the forest, meet new friends, and help others, from finding a lost acorn to boosting the Moon’s confidence. Their unique friendship shows that even opposites can connect deeply. Roc and Lola prove that what unites us matters more than what sets us apart. (Produit par Primal Shape S.r.l. -Italie-, 26×7’, 5-7 ans)

Commentaire : Une direction artistique très douce, avec un rendu peint en 3D qui change des séries preschool et upper-preschool à la 3D très lisse et interchangeable. Le projet a l’intérêt de promouvoir une amitié fille-garçon, une amitié qui prend en compte les besoins et spécificités de l’un et l’autre.


The Zzli Brothers

Pitch : Anna is a resourceful 10-year-old girl who lives alone in a cabin in the middle of the forest. She dreams of adventures from reading so much, and gets bored waiting for the next book she’s ordered. Every day, she watches out for her friend, the bat, who delivers the mail. That evening, the bat asked Anna for a favor: could she take in an old bear friend, accompanied by his two brothers? They’ve come a long way and are exhausted. Over the days, the bear brothers and the little girl form a happy little family in the growing cabin. But the other animals take a dim view: bears are not liked here! One night, the cabin is destroyed by fire, and Anna and the bears must leave. (Produit par XBO Films -France-, 1×30’, 5-7 ans)


Commentaire : Assez fidèle à l’ouvrage jeunesse dont il est adapté, cet unitaire a un univers graphique bien à lui, qui sous couvert de simplicité et d’une palette de couleurs en aplat, s’attache à raconter une certaine réalité contemporaine, celle du rejet de l’autre,  avec une distanciation qui permet de toucher le jeune public.


Elec­tric Birds of Pothakudi

Pitch : Every evening, Raja activates the only circuit breaker in Pothakudi, which powers the village’s only lights. One evening, he discovers a nest of vannattikuruvi, a rare bird species, inside the switch. Filled with wonder, he can’t bring himself to disturb it. But without light, the villagers grow frustrated. Raja learns the birds are endangered and the nest must stay untouched to protect the eggs. With help from his friends, he chooses to protect them. Gradually, the villagers shift from frustration to support, joining Raja in safeguarding the nest and respecting the delicate balance between humans and nature. (Produit par Les Films de l’Arlequin -France-, 1×26”, 6-9 ans)


Commentaire : Si l’intrigue de cet unitaire peut sembler un peu ténue, son rendu en papier découpé et son récit centré sur l’entraide dans le cadre du rapport à la nature dans un contexte rural indien le rendent suffisamment original pour sortir du lot.


Cap Krapool

Pitch : In the heart of the turquoise Caribbean waters, during an indeterminate era, a vessel is sailing with an unusual appearance: “The Sea Slipper” The ship of an incorrigible Pirate sailing with pride, the daring captain Papool Krapool. Commander of a crew as bizarre as it is loyal and accompanied by his two daughters: Saïné and Akissa. Their objective: finding the five lost fragments of a necklace, each adorned with an unusual gem that has the particularity of shining in the presence of the two sisters. This jewel belonged to Lehoona, Papool’s wife and the girls’ mother, who mysteriously disappeared when Saïné was still a baby. (Produit par Slam Créations -France-, 13×22’, 9-11 ans). 


Commentaire : Le 1er projet de série de Slam Créations s’inspire, par son rendu et sa mise en scène, du jeu vidéo, notamment pub et cinématique de RPG. Le cadre de la piraterie change des habituelles séries jeunesse où elle sert surtout de décor à des aventures quotidiennes. À l’inverse, on a ici 2 héroïnes noires caribéennes, un récit de transmission entre père et filles, quelques détails d’inspiration steampunk qui réhaussent la direction artistique, le tout dans un contexte géographique et historique qui semble avoir été bien réfléchi.


This Moose Belongs to Me

Pitch : Wilfred owned a moose. He hadn’t always owned a moose. The moose came to him a while ago and he knew, just KNEW, that it was meant to be his. He thought he would call him Marcel. Most of the time Marcel is very obedient, abiding by the many rules of How to Be a Good Pet. But imagine Wilfred’s surprise when one dark day, while deep in the woods, someone else claims the moose as their own…A witty and thought-provoking story about whether any of us ever really own anything. (Produit par Sixteen South -Ir­lande- et Creative Conspiracy -Bel­gique-, 22’, famille)


Commentaire : Le rendu qui mélange 2D, 3D et peinture sur canson est particulièrement appréciable et fidèle à l’album jeunesse qu’il adapte, tout comme les designs. Un unitaire dans lequel la possession de l’autre sera au cœur du récit, peut-être sans dialogues si l’on s’en tient au trailer, ce qui rendrait la narration encore plus ambitieuse.


A Trip with a Drip

Pitch : Wolves eat rabbits – and finish. But in this story, everything is different… By accident, Rabbit saves Wolf’s life and now Wolf is obliged to take care of Rabbit. Because of the wolf’s codex. Together they need to escape from a trigger-happy hunter. Rabbit’s annoying drip and a metre-long medication schedule always with them. “A Trip with a Drip” is a turbulent road trip, with everything that goes with it: cheap motels, menacing rocker gangs, a dangerous bear, freezing infusion bags – and growing friendship. Fast-paced. Touching. All ages. (Produit par Gretels Gold -Allemagne-, 30’, famille)


Commentaire : Une adaptation, d’une bande-dessinée cette fois-ci, centrée autour d’un road trip improbable, et, chose rare, avec un protagoniste atteint d’une maladie chronique visible. On espère juste que le ton ne sera pas misérabiliste, mais à voir le trailer et le pitch, l’ambiance semble plus déjantée qu’autre chose.


Wel­come to Happycracy

Pitch : « Welcome to Happycracy » explores the many contradictions of humans in constant quest for happiness. Each 5-minute episode focuses on a different company whose promise is to make consumers happy. A microphone is handed out to customers and business managers: those who buy and those who sell wellness services. Everyone speaks out, until contradictions rise to the surface and the situation spirals out of control. The dialogues are extracts from our own documentary interviews. (Produit par Manégann Films -France- et XBO films -France-, 10×5’ Y/A & adultes)


Commentaire : Il est déjà rare d’avoir des séries en stop motion, encore plus  quand il s’agit d’un documentaire! Le tout pour une critique caustique du monde de l’entreprise, voire des bullshit jobs, avec un soupçon de “message à caractère informatif” dans le ton, cela ne peut que s’annoncer des plus réjouissants!


The Ambush

Pitch : Deep in the jungle, Jackie Woodson fights to keep her seat as mayor of La Crosse. Mishandled in her campaign by aggressive competitors and the circumstances that brought her to the mayor’s chair, Jackie will do anything to hold on to power and take revenge on those who hurt her and stand in her way. (Produit par L’Incroyable Studio -France-, 10×22’, Y/A & adultes)


Commentaire : Une direction artistique originale et un ton sarcastique et grinçant qui ne sont pas sans rappeler Bojack Horseman, mais dans une thématique plus proche de Zootopie, de civilisation animale avec les luttes politiques internes, que demander de plus ? Le format laisse à penser qu’on aura enfin droit à une série feuilletonnante ambitieuse pour adultes et le trailer fait montre d’une mise en scène assez cinématographique, avec un travail des cadrages et du montage qu’on voit peu en animation.


Wel­come Back Clara

Pitch : When 26-year-old Clara moves back in with her mom, her little sister Rachel, and their cat, chaos quickly resumes. They love each other deeply—but teasing quickly turns to arguing, and arguments back to laughter. From everyday nonsense to serious topics, nothing is off limits… Except one thing: the illness that took their father’s life a few years ago. But when Clara’s quiet struggle with depression starts to show, the family’s wild dynamic slowly uncovers the pain they’ve buried for too long. (Produit par Les Valseurs -France-, 20×4’, Y/A & adultes)


Commentaire : Avec une direction artistique proche de celle de la série Garces que nous avions repérée l’an passé, la série s’attache aussi à des personnages féminins et à leurs rapports, abordant sur un ton léger des sujets graves tels que la dépression et le deuil. Des thèmes que l’on voit peu en animation et qui méritent d’être développés avec sincérité.


Roomies

Pitch : After graduating from high school, Yanis and his friends Barnabé, Thomas and Max leave Plougastel and move to Paris… as roommates! For Yanis, the stress is mixed with excitement. Conflicts, love affairs, student insecurity, loneliness when everyone’s out but you…All this will upset his vision of the perfect life as roommate. With adolescence in tow, they tell themselves that anything is possible, a swipe, a click, a like and it’s gone. But behind them lies the real question, the scary one: until what age can you still say you’ve got your whole life ahead of you? (Produit par Sacrebleu Productions -France-, 26×5’, Y/A & adultes)


Commentaire : Et si Samuel allait à la fac ? Les belles et horribles années étudiantes , les premiers pas en tant qu’adulte, résumés en un projet qui semble vécu et pas idéalisé, surtout dans le dialogue. Le tout avec une direction artistique dénotant un budget réduit mais bien pensée en conséquence et une écriture légère et piquante. On regrette seulement le format capsule, le plus courant pour les productions adultes.


Mentions honorables

Petite mention à Yojimbot (produit par Passion Paris Production -France-, 10×26’, Y/A & adultes), qui n’a pas lésiné sur le rendu léché et la qualité de l’animation de son trailer, mais on ne peut s’empêcher de tiquer sur le set up japonais de la BD que le projet adapte, énième représentation exotisante et idéalisé du pays de la part d’un auteur français. Mention également à Undo (produit par Sardinha em Lata -Por­tu­gal-, 10×22, Y/A & adultes), à l’esthétique rough et tremblotante assez inconventionnelle, des personnages torturés et un humour acide et halluciné. Mention enfin à Natu Natu (produit par Cartoon Saloon -Ir­lande-; Superprod Animation -France-; Melusine Productions -Lux­em­bourg-, 104×5’, 2-4 ans) au design doux très maîtrisé, et dont le cœur de l’intrigue est complètement axé sur le rapport à la nature, ce qui est plutôt rare pour du preschool.