Cartoon Forum 2026

Cette année encore, nous avons lu les pitchs et regardé les teasers de tous les projets pitchés lors du Cartoon Forum, la convention professionnelle annuelle des producteurices européen·nes se déroulant à Toulouse.

Nous remercions grandement Cartoon Media de nous avoir partagé les données liées à l’événement, afin de nous éviter de les collecter manuellement.



Les tendances de l’édition 2026

Que pitche-t-on en 2026 au Cartoon Forum ? La canicule a écrasé Toulouse mais des producteurices venu·es de toute l’Europe et au-delà se sont retrouvé·es pour pitcher des projets en développement afin de trouver coproducteurices et diffuseurices. Iels étaient un peu moins nombreuxses qu’aux éditions précédentes, avec 65 projets de séries présentés contre plus de 75 ces cinq dernières années, mais on y retrouvait comme toujours les principaux studios et pays de production européens, la France en tête avec plus d’un tiers des projets proposés par les 26 pays représentés dans la ville rose. Certains studios sont des habitués du Cartoon Forum, on les retrouve ainsi d’année en année, mais on observe de nouveaux arrivants, petits studios en quête de reconnaissance professionnelle et économique et gros studios qui doivent trouver de nouvelles sources de financements en cette période de crise.

Cette année fut malheureusement également un peu plus pauvre que les précédentes sur le contenu, avec peu de projets qui nous ont surpris·es et enthousiasmé·es. Même si quelques pépites sortent du lot, on ne peut s’empêcher de se demander si le choix de ces séries n’est pas orienté par une frilosité induite par la situation politique et économique nationale et internationale. On trouve en effet beaucoup de tranches de vie, de récits plus consensuels, et moins de propositions déjantées et/ou originales. Pourtant, on continue de voir une progression nette des projets à destination du public pré-ado (9-11 ans) et adolescent (12-15 ans) et un recul des projets préscolaires (2-4 ans), qui sont souvent les productions à moindre risque (et coût) des studios. Peut-être une tentative de renouveler et d’élargir les publics de l’animation pour redresser la barre d’un secteur en berne.

Côté parité, les réalisatrices gagnent du terrain, atteignant enfin 40% du total de réalisateurices renseigné·es. À l’écriture, elles continuent de stagner à 41% et sont toujours plus présentes sur les projets préscolaires que sur ceux ayant souvent plus de budget et d’action destinés à un public plus âgé (6-9 ans, 9-11 ans). Les femmes sont cependant en majorité lorsque la cible est adolescente, tant à la réalisation qu’à l’écriture, tandis que les projets famille et adultes restent à majorité masculine.

Côté narration, alors qu’on avait observé ces dernières années un regain d’intérêt pour l’espace, et potentiellement pour le feuilletonnant, la tendance 2026 semble être celle des petits soucis ou plaisirs du quotidien, en vacances, en famille ou entre ami·es. L’écologie est également bien moins présente que lors des dernières éditions, si ce n’est via un ou deux projets. Clairement, l’ambiance n’est pas au développement ambitieux mais au projet qui rassure. Dans ce cadre, on trouve beaucoup de pitchs à base de “transformer chaque jour en aventure”, marronniers de l’écriture jeunesse, surtout préscolaire, qu’on retrouve ici aussi dans des projets bridge (5-7 ans), avec des personnages outils qui servent à poser des questions et aider à l’apprentissage des plus jeunes. De même, les séries pour les 2-4 ans et 5-6 ans tournent beaucoup autour de l’apprentissage des émotions (4 projets sur 11), au point qu’il devient parfois difficile de discerner un projet d’un autre. L’enjeu de la préparation didactique au monde réel semble supplanter celui de la stimulation de l’imaginaire, habituellement plus volontiers associée à l’enfance et au dessin animé.

On notera aussi un décalage sur cette édition 2026 entre certains teasers et leur pitch, cible ou format, avec par exemple des images qui ne semblent pas correspondre au ton donné par le synopsis, ou à des durées d’épisodes dont on se demande si elles seront des plus adaptées vu le propos et rythme que semble promettre la série.

Mais la véritable surprise de cette édition, et pas des plus agréables, fut la présence avérée de l’IA générative sur au moins trois projets (aucun français), et la paranoïa qu’elle a induite dans le visionnage de l’ensemble des teasers : IA ou direction artistique formatée ? IA ou rendu un peu bancal ? Cette crainte constante de ne plus reconnaître une œuvre d’une pâle copie régurgitée est dorénavant constante en convention professionnelle et festival, et nous ne pouvons que la déplorer. Nous ne pouvons qu’espérer que Cartoon Media, qui organise le Cartoon Forum et Cartoon Movie, finisse par interdire l’utilisation d’IA générative dans les projets sélectionnés, puisqu’elle fonctionne toujours sur la base de contenus volé.

Sélection séries et avis:

Outside Kaboul

Pitch : In the summer of 2021, the Taliban returned to power in Afghanistan, and the lives of two young women, Raha and Marwa, were changed forever. Contacted by French journalist Caroline Gillet, Raha and Marwa recorded and exchanged hundreds of voice messages with her over several months. From these unique testimonies, OUTSIDE KABUL draws a raw and intimate chronicle of two young women coming of age amidst the collapse of the world they had known. It is a story of friendship, courage and resilience.

Les Films du Poisson (France), Tchack (France) et Ström Pictures (Dane­mark), 60′, 12-15 ans

Commentaire : Nous vous en parlions déjà lors de la sélection Écran Total 2025. Le projet est toujours sur les rails, réalisé par Caroline Gillet et Lyonel Charmette.


The roots of my hair (Racines)

Pitch : After years of chemical torture, Rose’s nappy hair has had enough — it comes magically alive and goes on strike. With a wedding to attend and a lifetime of ‘fitting in’ to undo, this Réunion Island girl is finally going back to her roots. NAPPY HAIR MATTERS!

Gao Shan Pictures (France); Bigger Than Fiction (France), 6×13′, 12-15 ans

Commentaire : Autre projet dont on ne peut pas s’empêcher de vous reparler même si on l’avait déjà repéré dans la sélection Écran Total 2026, Racines est adapté de la BD de Lou Lubie, qu’on espère très fort se voir concrétiser.


The Banana Complex

Pitch : The banana complex: the complex of being yellow on the outside (Chinese, in this case) but white on the inside (French), just like the ‘Oreo‘… You get the idea.

Xbo films (France), 11×13′, Y/A / Adultes

Commentaire : Une série de Maïté Xia sur le racisme ordinaire et la double culture, sur un ton humoristique et léger, qui peut rendre le sujet plus accessible à une partie (blanche) du public, dont on espère surtout qu’elle tiendra narrativement la distance, vu son format 11×13’.


OUCH !

Pitch : OUCH ! takes a look at illnesses. But not the kind that makes your hair fall out, nor the kind that kills. This is the kind you cannot see—one that embeds itself into the everyday lives of ordinary people: endometriosis. Rather than watching doctors debate its mechanisms—still considered as “mysterious” as the female body itself — OUCH ! gives the floor to those who live with it. Because who better to talk about it than the people who deal with it 24/7, until death do them part? This series offers a new perspective on illness. It replaces the drama, the medical and the pathos for laughter, listening, and care.

Anna Films (France), 9×8′, Y/A – Adultes

Commentaire : Une série capsule de Bianca Scali, qui donne la parole à des femmes pour parler de leur endométriose via un ensemble de témoignages, comme un podcast, avec une technique adaptative, inventive et soignée. Encore peu abordé en animation, on salue l’initiative et on regrette seulement que le projet ne soit à destination que des Y/A – Adultes.


The Old Lady and the Dragon

Pitch : LET’S IMAGINE : Ursula K. Le Guin is not dead. She simply took refuge in the imaginary worlds she had created herself. Let’s go and look for her. From planet to planet, from universe to universe, let’s follow Ursula, who meets her own characters, revisits her stories, grapples with his doubts and his ideas. Her voice, reconstructed from his writings, lectures and interviews, guides us through this inner journey — a poetic quest in which the author searches for her True Name.

Les Films d’Ici Méditerranée (France), 5×15′, Y/A – Adultes

Commentaire : Un petit format d’anthologie (5×15’) pour une grande dame ! Ursula K. Le Guin, figure incontournable de la littérature SF et fantasy, à qui on doit notamment Terremer, mérite d’être (re)découverte, et cette série docu-fiction basée sur ses écrits et interviews saura, on l’espère, mettre en valeur son œuvre et sa pensée. Réalisée par Nadja Anane, issue de la Fémis, la série a la difficile tâche de raconter l’autrice sans ambivalence et sans idéalisation.


Emma Makes Waves

Pitch : Nine-year-old Emma spends her first summer without her parents on the volcanic island where her grandparents and cousins live, discovering a newfound sense of freedom. The beautiful island is also home to the Pantùs, impressive aquatic guardians who watch over its people – and they are determined to look after Emma too! Between new experiences, a different way of life and fantastical guardians she didn’t ask for, Emma’s summer turns out anything but ordinary!

La Cabane Productions (France); Thuristar (Belgique), 52×11′ – 6-9 ans

Commentaire : Un format et une cible plus classiques que les deux précédents projets (52×11’ et 6-9 ans) mais la direction artistique rayonnante de Giulia Iacopini et de sa réalisatrice Camille Chao, dont nous avions déjà parlé à l’époque des Bergères Guerrières, donne tout son attrait au projet. Le teaser est même disponible en ligne !


Pie in the Sky

Pitch : Late August. Luna, aged ten, is dragged along by her photographer-reporter father to the site of an exceptional event: in a few days, a meteorite containing several kilos of gold will cross the sky above a small, remote village in Finistère. Amid an informal gathering of curious onlookers, UFO enthusiasts, tabloid journalists and astrophysicists, Luna meets Arthur, a boy her own age who lives along the local road. That summer will mark for both of them the discovery of a territory even vaster than childhood: the Cosmos, as unfathomable and mysterious as the new feelings stirring within them.

JPL (France), 26′, Famille

Commentaire : Un spécial familial réalisé par Fabienne Wagenaar et Jérémie Balais qui promet une direction artistique feutrée mais lumineuse, avec une ambiance qui semble alterner entre le mystère et le doux-amer, dans un récit initiatique adolescent, avec un soin particulier apporté à la musique. Avec le teaser déjà disponible en ligne !


Akissi

Pitch : Akissi, a nine-year-old African girl, usually does the exact opposite of what she’s told and is a world champion at getting into mischief, much to her parents’ despair. To be free and live life on her own terms, she’s ready to take her friends on the wildest but also the funniest adventures.

Everybody on Board Productions et Watch Next Media (France), 48×11′, 6-9 ans

Commentaire : On connaissait déjà Marguerite Abouet pour ses BD Aya de Yopougon, adaptées en long-métrage en 2013 et on ne peut que se réjouir de voir son autre série à succès, Akissi, en coréalisation avec Maël Le Gall, de nouveau portée à l’écran après une première adaptation au format 26 minutes. De la tranche de vie jeunesse en Côte d’Ivoire, ça change des enfants citadins qui découvrent la campagne et du quotidien en banlieue pavillonnaire et cela permet au public 6-9 ans de se familiariser sans exotisation avec une culture différente et des personnages enfants auxquels il peut s’identifier.


Pélagie of Navarique

Pitch : Pélagie, 8, lives with her family aboard the Navarique, a vast ship that drifts like a floating village. Caught between childhood and adulthood, she struggles to find her place in this tight-knit world, too old to play with the younger children, yet too young to join the crew. One day, Pélagie is chosen to face her friend, the captain, in a duel: the first to climb the mainmast and plant their flag at the top will be declared the winner. But what begins as a game soon spirals into a fierce rivalry, and the fun quickly fades… After all, it’s just a game. Or is it ?

Les Astronautes, 26′, 5-7 ans

Commentaire : Un spécial joli et soigné pour les 5-7 ans, qui laisse espérer un vrai souffle narratif avec des personnages qui ont du caractère et un environnement cohérent et référencé tout en étant original. Le style et la narration du réalisateur Titouan Bordeau semblent être un joyeux mélange entre un Ponyo, des courts Gobelins et le spécial Vanille, de Guillaume Lorin, sur lequel il avait été animateur. Avec un teaser aussi disponible !


Lussekatt

Pitch : In the snowy town of Pommedenoix, young Lussekatt struggles to find his calling while his siblings earn their place within the town’s Grand Celebration of Lights. While the community celebrates the victory of the Great White Wolf over his brother the Great Dark Wolf, Lussekatt feels a quiet curiosity for the shadows everyone else fears. During a festival crisis, he ventures into the forbidden forest to recover a lost scarf and unexpectedly encounters the Great Dark Wolf. Instead of terror, he finds a moment of profound peace and belonging. Returning home with transformed ears and tail, echoing the wolf’s wild grace, Lussekatt realizes that true harmony requires honoring both light and dark.

Les Films de l’Arlequin, 26′, 5-7 ans

Commentaire : L’illustratrice Roxane Campoy porte à l’écran son style vif, souple et coloré dans un spécial en coréalisation avec Camille Pipet Pham. Peut-être un futur classique conte de Noël à la douceur contemplative et chaleureuse ?


No thanks !

Tous les projets dont le teaser utilise de l’IA générative, pour une fois assumée sur ces derniers, pourraient aussi tomber dans cette catégorie. Ainsi, Rock Me Amadeus! (chez Big Idea Farm, Markand Media et Animoon), Dream Tango (chez Uncloudy & Co et Athena Kalkopoulou) et Reinventing Herman (Wolkenlenker), qui s’adressent tous à un public enfantin ou familial, précisent avoir produits leur teaser avec l’assistance de l’IA. Ils sont en réalité majoritairement générés avec diverses versions de cette technologie, sans que Cartoon Média, organisateur de l’événement, ne s’en émeuve. Il serait peut-être temps d’interdire les projets dont l’écriture, les recherches graphiques et/ou le teaser ont été réalisés avec de l’IA générative, ne serait-ce que par respect pour les studios et artistes qui ont travaillé de concert pour préparer les meilleurs dossiers de développement de leurs projets possibles. D’autant qu’en attendant, on ne peut jamais être totalement sûr qu’un projet soit 100% humain.

D’autres projets nous ont en parallèle également fait grincer des dents, par leurs choix d’écriture, de character-design, de représentations de minorités.

The Electron Boy

Motion Pictures Entertainment (Espagne); 26×5′, 5-6 ans

Commentaire : Entre les character designs très stéréotypés et une représentation de la dyslexie qui semble choisir d’encourager à surmonter son handicap tout en le considérant comme un super-pouvoir (bonjour le paradoxe), rien ne va dans ce projet de série espagnole. Ce n’est pas parce qu’on veut bien faire qu’on est absous de toute maladresse.

Curl Power

Toon2Tango (Allemagne), 52×11′, 6-9 ans

Commentaire : Vous aimez les Super Nanas ? Vous allez adorer (non) leur ersatz qui tente désespérément de jouer la carte du girl power en essentialisant les femmes et leurs capacités à leurs cheveux et cosmétiques. On cherche encore les curls tant cette représentation est lisse à souhait, dans tous les sens du terme.