Ecoles d’animation en France : comment s’animent les bancs du dessin animé ?

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groupe d'étudiants au stand de leur école respectif noyant les candidats d'informations sur les différents cursus existants
groupe d'étudiants au stand de leur école respectif noyant les candidats d'informations sur les différents cursus existants

Avant-propos

L’animation française est n°3 mondial et leader européen depuis le début des années 2010. Avant cela, peu de formations existaient, donc un·e artiste-technicien·ne de différents horizons pouvait venir se présenter à un studio, portfolio sous le bras et faire ses preuves sur le tas. Si les profils autodidactes existent encore aujourd’hui, l’explosion du nombre d’écoles sur la dernière décennie a largement comblé les besoins des studios, en suivant en parallèle les différentes évolutions techniques du secteur et la relocalisation des emplois en France. Reste que l’on entend souvent que certains métiers sont en tension : les recruteureuses peinent à trouver les profils adéquats et les jeunes diplomé·es à s’insérer dans le secteur professionnel.

Si certains établissements n’ont plus besoin d’être présentés, les Gobelins en tête, tant ils sont installés dans notre champ professionnel, beaucoup de cursus et de nouvelles écoles sont apparues depuis le début des années 2010, notamment en 3D. Les aides régionales et des fonds d’investissement ont ainsi permis à de nouvelles structures de se créer, tandis que des écoles privées déjà connues ont développé de nouvelles antennes, avec une reconnaissance professionnelle plus ou moins présente. Nous réalisons, pour présenter au mieux l’ensemble des cursus disponibles, un annuaire des écoles d’animation françaises, mis à jour annuellement, et qui offre toutes les informations pratiques liées à chacun des cursus existants actuellement. Nous avons également produit, fin 2024, une étude sur le fonctionnement des écoles privées d’animation en France, qui pointe le manque de transparence, d’encadrement et de contrôle de ces dernières. 

De fait, nous nous attarderons ici plus sur le RECA, seul organe encadrant un tant soit peu les écoles d’animation françaises, ainsi que sur les cursus publics, qui ne sont à nos yeux pas suffisamment mis en avant par la filière. Enfin, cet article résumera les red flags et détails à observer pour choisir au mieux son école d’animation.



Qu’est ce que le RECA ?

Le Réseau des Écoles du Cinéma d’Animation est créé en 2012, après la rédaction d’une étude des écoles d’animation faite par René Broca en 2009. L’idée était de créer un réseau où les écoles se reconnaissent entre elles comme formations compétentes, afin que les professionnel·les puissent savoir où recruter des talents et pouvoir faire remonter leurs besoins facilement. En parallèle, il y a eu la création des RAF, Rencontres Animation Formation, pour créer un espace de discussion sur le sujet. On trouve au RECA des formations privées, indépendantes et de groupes, ainsi que ces cursus publics. Leurs prix et choix pédagogiques peuvent grandement différer et sont à la libre décision de chaque établissement.

On peut déjà se poser la question du conflit d’intérêt du RECA : les écoles se congratulent mutuellement de leur qualité et succès pour entretenir les meilleures relations possibles avec les studios d’animation et ainsi faciliter l’embauche de leurs étudiant·es, sans qu’un oeil extérieur ne contrôle la qualité des cursus, du suivi et de l’insertion professionnelle réelle des diplômé·es.

Les écoles qui font partie du réseau adhèrent aux présents principes. Elles souhaitent contribuer à la lisibilité de l’offre en formation dans le secteur de l’animation. Elles s’engagent à favoriser le dialogue entre les écoles et avec les professionnels dans le respect d’une déontologie commune. Elles contribuent à une mise en commun de leurs moyens lorsque cela leur est possible. 

Le réseau reconnaît la diversité nécessaire des propositions pédagogiques de chaque école. Les écoles s’engagent à mettre en œuvre les moyens (techniques, logistiques, ressources humaines) nécessaires à la réalisation de leurs objectifs pédagogiques. Elles s’engagent à afficher avec sincérité et transparence leur proposition pédagogique, leurs modalités de recrutement, leurs diplômes ou certificats délivrés, les moyens matériels mis à disposition ainsi que les coûts d’inscription et de formation. Les écoles doivent porter un grand intérêt au devenir de leurs élèves, et les informer en amont sur les débouchés offerts par leurs formations.

Une charte non contraignante et évasive donc, pourtant suivie par bien peu d’écoles, ne serait-ce que sur la transparence des informations pratiques liées aux cursus. La diversité des propositions pédagogiques dont il est question permet également une liberté totale des écoles quant à la gestion de leurs cursus. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de radiation, pourtant possible dans certains cas.

Le RECA avait à l’origine également comme but de permettre aux futur·es étudiant·es de se repérer avec des grilles claires de ce qu’iels pourront trouver dans chacunes des formations. En gros, qu’importe la politique de chacun des cursus ou leurs tarifs, l’idée était à l’origine que :

  • L’information soit claire pour les futur·es étudiant·es
  • Savoir où les entreprises peuvent recruter des artistes-technicien·es bien formé·es (selon leurs propres normes)
  • Qu’il y ait une structure qui puisse arbitrer des situations de conflit entre écoles et potentiellement à l’intérieur des écoles : pour les équipes pédagogiques ou les étudiant·es

D’abord composé de 15 établissements, ce sont 34 écoles qui font partie du réseau en 2023, alors que le RECA se lance enfin dans la création d’un label qui reprend les objectifs de la charte mais s’assure, via un audit externe, de son respect auprès des (futur·es) élèves. Lors des RADI-RAF 2025, les 19 premières écoles labellisées sont annoncées, mais le détail de l’aspect coercitif du label n’est pas précisé. Certaines écoles, auparavant présentes au sein du RECA, ont ainsi disparu de celui-ci, discrètement : LISAA, Bellecour, mais aussi des établissements publics ou associatifs, comme l’ENSAD et la Poudrière. 

Le label a le mérite d’amener un peu plus d’encadrement et de transparence sur le nombre d’élèves par cursus, mais ne remet pas en question la présence des écoles de groupes en son sein (ECV, ESRA, Brassart, Atelier de Sèvres, ESMA, Pivaut, MOPA, IIM), alors qu’ils sont majoritairement responsables de l’éparpillement et de la démultiplication des cursus d’animation en France. Le label met plutôt l’accent sur l’information (dont une partie était déjà disponible depuis 2019 sur notre annuaire des écoles, qui comprend également celles hors RECA), notamment “le nombre d’étudiants par classe, durée et intensité du programme, quel diplôme/titre/certificat sera délivré à l’issue des études, quels sont les taux de réussite en fin d’études mais aussi entre chaque année. Comprendre aussi comment sont organisées les études en termes de volume horaire, de moyens d’accès, de matériel mis à disposition… Toutes ces informations ont été normées pour les rendre faciles à comprendre et à comparer par les futurs étudiants.” On parle donc de norme d’affichage (rendre l’information disponible), ainsi que de normes d’usage (accessibilité, parité, écologie etc.) bien que les informations sur ces dernières au sein du RECA ne soient pas précisées.

L’ensemble des écoles du réseau devrait être labellisé d’ici fin 2026, suite à quoi une deuxième phase du label sera entamée, avec l’aide d’organisations professionnelles comme notre association, pour préciser encore un peu plus la transparence et l’éthique des écoles. Le label n’est pas voué à rester figé, il semble plus s’adresser aux potentiel·les futur·es promotions et non aux élèves déjà en cursus. Ces élèves font parfois face à des abus, ou a minima, à des désaccords avec leur école.

Qu’organise le RECA en dehors de ce label ? Il propose une newsletter régulière mensuelle, le e-RECA. Il y a des rencontres inter-écoles, les Think Tank du RECA ainsi que des journées pour les étudiant·e·s qui ont lieu à Paris lors du Carrefour de l’Animation, qui sont plus des jobs datings. Il y a également un RECA TV, avec différentes thématiques professionnelles ou autour du cinéma d’animation, ainsi qu’une partie sur “les enquêtes”, qui n’en comprend en réalité qu’une seule, où est étudiée ce que souhaitent faire les étudiant·es post diplôme. Une plateforme web, nommée Anim Connect, créée en 2021 pour aider les entreprises à trouver des étudiant·es en stage, pilotée par le RECA, AnimFrance, Pictanovo et l’AFDAS, dont nous avions précédemment parlé dans un article dédié, n’aura quant à elle duré qu’à peine deux ans. Enfin, si le RECA se dirige aujourd’hui vers une meilleure transparence des écoles via son label, il ne peut être considéré comme l’assurance de la qualité d’un cursus : certaines écoles appartenant à de grands groupes à but lucratifs, avec plus de 10 campus partout en France, en font partie, sans que cela ne soit questionné, et cela, malgré les scandales autour des écoles de ce type, entre autres depuis la sortie du livre de la journaliste Claire Marchal sur le groupe Galileo (Atelier de Sèvres, LISAA, Bellecour). Par ailleurs, il est bon de rappeler que le RECA n’entretient des relations qu’avec le principal syndicat patronal du secteur, AnimFrance, ignorant les syndicats de salarié·es représentatifs que sont le SPIAC-CGT, le SNTPCT, le SIPMCS-CNT et la F3C-CFDT. Les financements du RECA sont composés des adhésions de ses membres ainsi qu’un accompagnement de la part de différents syndicats d’employeur·euses comme la FICAM, AnimFrance puis des institutions comme Magelis et le CNC.


Les écoles (quasi) gratuites

Toutes les écoles publiques et gratuites ne sont pas au RECA, mais cela ne veut pas dire qu’elles sont moins bonnes ! Elles ne disposent tout simplement pas de personnes dédiées aux relations entreprises, communication et marketing pour se charger des relations avec des organismes du secteur comme le RECA. Les plus récentes, ou les moins bien dotées financièrement parlant, tendent alors à être moins connues. Elles peuvent malgré tout être de très bonnes portes d’entrées dans le secteur, ne serait-ce que parce qu’elles ne coûtent pas plus de 8 000e l’année, comme la moyenne des écoles privées. Les écoles publiques sont une alternative indispensable, une ouverture au développement de talents plus diversifiés, un contrepoids aux établissements privés inaccessibles pour beaucoup de foyers aux revenus modestes.

La plupart des établissements publics gratuits dépendent d’universités, mais nous allons également listés ici quelques écoles privées sous contrat avec l’État, qui dépendent donc bien du Ministère de l’Enseignement Supérieur et non du Ministère du Travail. Les formations peuvent aller de 3 à  5 ans et leur diplôme est reconnu par l’État, avec une valeur supérieure à un titre RNCP (niveau 6 ou 7) donné par la majorité des écoles privées.

L’engagement financier peut être un frein voire un obstacle infranchissable à un choix de formation, la peur de décevoir ses parents, de repartir à zéro sans avoir des équivalences et d’avoir jeté de l’argent par la fenêtre. Tout le monde ne peut/veut pas prendre de prêt étudiant pour payer ses études et les écoles publiques devraient être une solution viable à beaucoup de candidat·es. Malheureusement, elles sont peu nombreuses, très sélectives, et présentent par ailleurs un inconvénient important : depuis quelques années, les candidat·es ne passent plus que par Parcousup et le dossier scolaire, alors qu’auparavant, un jury permettait de rencontrer chaque personne afin d’évaluer leur motivation et projet. Le nouveau système favorise uniquement les lycéen·nes avec des parcours scolaire d’exception, sans prendre en compte leur potentiel au-delà du dossier scolaire.

Les formations publiques, de manière générale, peinent à survivre : entre leur démolition progressive par des contre-réformes de l’Enseignement Supérieur et la destruction des services publics au profit de la privatisation menée par le patronat et le gouvernement Macron, elles n’ont pas la force de frappe des écoles privées. Elles ne peuvent que rarement se permettre des cursus de 5 ans alors même que ceux-ci deviennent de plus en plus courants dans le secteur. Par ailleurs, là où certaines écoles de cinéma en prise de vue réelles sont aidées par le CNC (la Fémis reçoit 3 millions par an de ce dernier), les écoles d’animation publiques doivent se dépatouiller un peu comme elles peuvent.

Quels diplômes existent ?

Les différents diplômes reconnus par l’Enseignement Supérieur que l’on retrouve dans des écoles d’animation sont : 

  • DN MADE : Diplôme National des Métiers d’Art et du Design, diplôme équivalent à un grade universitaire Licence (bac+3). Créé en 2018, il remplace le DMA (Diplôme des Métiers d’Art) qui durait deux ans et les MANAA (mise à niveau d’arts appliqués), ainsi qu’une partie des BTS existant. Il reste cependant des prépas pour remplacer les MANAA, qui peuvent être cumulables avec un DN MADE.
  • DNA : Diplôme National d’Art, équivalent à un grade universitaire Licence (bac +3). Seule l’ESAD Waide Somme le propose.
  • DNSEP : Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique (bac+5). Il est accessible avec un DNA, qui touche plutôt aux métiers du design graphique et du dessin) ou équivalent bac +3 comme le DN MADE, et équivaut à un grade universitaire de Master. En animation, l’ESAD Waide Somme est la seule école à proposer ce diplôme.
  • DESFA : Diplôme d’Études Supérieures en Film d’Animation (bac +3). Diplôme de l’ESRA revêtu d’un visa officiel du ministère de l’Enseignement supérieur. De fait, seule cette école le délivre. Il équivaut à un titre RNCP Niveau 6.
  • DSAA : Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués (bac+5). Diplôme valant grade universitaire Master 2, il est accessible avec un DN MADE, DNA, BTS dans les domaines du design et des arts appliqués, titre RNCP Niveau 5, ou une Licence universitaire. En animation, seule l’ESAAT à Roubaix délivre ce diplôme.
  • FCIL : Formation Complémentaire d’Initiative Locale (non diplômant). Il s’agit d’une formation bonus, en plus d’un cursus déjà complété dans le secteur. On en trouve à l’ISTM Montplaisir à Valence ainsi qu’au LISA d’Angoulême.
  • FCND : Formation Complémentaire Non Diplômante. Elle permet de faire des stages de longue durée avec convention après un cursus dans le secteur. On en retrouve à l’Institut Sainte-Geneviève à Paris, ainsi qu’à l’ESAAT à Roubaix.

Quelles écoles et quels cursus ?

Un bon dossier scolaire, un jet de dé de la chance via Parcoursup, et c’est la possibilité d’être formé·e à l’animation avec le DN MADE sans débourser autre chose que les frais de scolarité correspondants surtout à la vie étudiante et associative de l’école. De quoi voir si on a envie d’en faire son métier et surtout la possibilité de commencer directement dans le milieu professionnel ou bien de continuer dans des formations en sautant quelques années onéreuses (n’oubliez pas de demander des équivalences). En parallèle, les DN MADE ont souvent l’avantage d’être de petites promos, d’une quinzaine d’élèves maximum, ce qui permet un meilleur suivi de chacun·e d’entre elleux.

On notera quand même que depuis le changement de 2 à 3 ans, il y a plus de temps pour la réalisation d’un film de fin d’étude, donc moins de temps de formation encadrée par des professeur·es. Mais cela permet aussi de parfaire son travail individuel et en groupe, et aide ensuite à faire sa bande démo et/ou son portfolio. Reste que pour s’insérer professionnellement, les parcours publics sont souvent insuffisants : ils manquent de moyens pour former techniquement leurs élèves qui en sortent souvent sans suffisamment maîtriser les logiciels les plus utilisés en production. Il est alors fréquent de voir des élèves sortant de DN MADE opter pour une FCND ou FCIL qui leur permet de faire des stages pendant une année et d’avoir une première insertion professionnelle.

ATI (Arts et Technologie de l’Image) – Saint-Denis – IDF

Dépendant de l’université Paris 8, l’école donne accès à deux des rares formations en 3D gratuite, une Licence (accessible à bac+2) et un Master. L’idée est simple : mélanger des étudiant·es en arts graphiques et des étudiant·es développeureuses afin qu’un échange de compétences s’organise et obtenir des profils mixtes pour les studios.

Une vraie solidarité se met en place au cours de la formation, face au manque constant de moyens (comme c’est malheureusement le cas dans la plupart des universités françaises) les étudiant·es créent au cours des générations des vrais réseaux d’entraide. Iels apprennent à réfléchir ensemble et sont très apprécié·es par les studios. C’est également une des rares formations qui mène à la possibilité de faire un doctorat. L’école fait partie du RECA.

ENSAD (École Nationale des Arts Décoratifs) – Paris

Une Licence et un Master, comme à l’université. Une année en tronc commun avec toutes les formations en 1ère année, ainsi que la possibilité de rentrer en 3ème année (donc en Master) en équivalence. Il y a également la possibilité de continuer en laboratoire / type doctorat.

La formation donne la possibilité à des profils plus artistiques de s’épanouir. Plus éloignée des studios d’animation qu’une formation en école privée, l’établissement permet surtout de voir émerger des profils d’artistes, de réalisateurices, de parfaire leur savoir-faire et d’avoir le temps de développer leur pratique. Elle permet également, ce qui est rare dans le milieu, de faire des échanges avec d’autres universités prestigieuses (Bunka Gakuen University).

Elle est assez difficile d’accès, du fait de son concours en plusieurs étapes et de la culture artistique préalable attendue chez les élèves. Comme dans beaucoup d’écoles sur concours, la culture générale dominante importe et en réduit l’accès aux personnes qui n’auraient pas le capital culturel normé, considéré comme adéquat.

ESAD Waide Somme – Amiens

C’est l’autre école publique de 2D / 3D du Nord, pour des cursus de 3 et 5 ans (DNA et DNSEP). Les étudiant·es bénéficient d’une formation variée, avec des cours non alignés par les besoins des marchés et peuvent apprendre tranquillement leurs métiers sans devoir répondre aux besoins immédiats des fabricants de films animés ou VFX. L’école fait partie du RECA.

ESAAT – Roubaix

Deux formations, DN MADE et DSAA, autour des techniques 2D, plus traditionnelles, beaucoup de réalisateurices de courts-métrages d’animation sont passé·es par ces cursus. La présence de nombreux studios d’animation en région Haut de France permet de faire émerger des artistes-technicien·nes qui influencent grandement la création indépendante. L’école fait partie du RECA.

Estienne – Paris

Deux formations DN MADE : animation 3D ou 2D. Beaucoup d’étudiant·es d’Estienne ont ensuite continué à l’université Paris 8 (également gratuite) pour intégrer les studios. On peut citer notamment Flavio Perez, aujourd’hui dirigeant de l’entreprise Les Fées Spéciales (Montpellier). L’école fait partie du RECA.

ILOI – Le Port – Île de la Réunion

La seule école publique qui ne soit pas en France hexagonale, et qui propose des diplômes 2D-3D un peu inhabituels, MAAJIC (bac+3) et MAAJOR (bac+5), partagé avec une école de journalisme de Marseille. Elle n’est pas seule sur l’île de la Réunion puisque les studios Pipangaï, 2 Minutes et Gao Shan Pictures y sont aussi installés.

Institut Saint Geneviève – Paris

Deux DN MADE d’animation, un pour le documentaire et un pour la fiction, dans un lycée privé sous contrat avec l’Etat, ce qui engage un paiement plus important que les écoles publiques, mais toujours bien moindre que les écoles privées à but lucratif. On compte entre 2 000e et 3 000e l’année, contre une moyenne à plus de 8 000e l’année pour ces dernières. Sainte Geneviève est par ailleurs une des rares écoles avec des tableaux de tournage pour la stop-motion. La formation, qui s’appuie aussi sur une posture de recherche universitaire, est également plus artistique que technique et les élèves complètent souvent le cursus avec deux années dans une autre école. L’école fait partie du RECA.

ISCID – Montauban

Cette école, qui dépend de l’université de Toulouse, propose une Licence et un Master 2D-3D, avec une première année de Licence en tronc commun avec d’autres cursus d’arts appliqués. Elle est un peu plus méconnue du secteur, et n’a pas encore fait de demande pour rejoindre le RECA, peut-être parce qu’elle n’a pas les équipes pour en interne.

LISA – Angoulême

Le Lycée de l’Image et du Son d’Angoulême propose un DN MADE pluri-disciplinaire, faisant la part belle à l’animation traditionnelle tout en permettant d’explorer 2D numérique et stop motion. Une option plus accessible que l’EMCA et l’Atelier, les deux autres principales écoles de l’animation 2D en Charente.

Lycée Marie Curie – Marseille

Un DN MADE une nouvelle fois plutôt spécialisé en 2D, technique traditionnelle, mais où l’on apprend aussi l’animation volume ! On peut noter que c’est une des rares écoles publiques dans le sud de la France.

Lycée René Descartes Cournon d’Auvergne – près de Clermont-Ferrand

Ce DN MADE pousse beaucoup au dessin et à l’animation traditionnelle. Comme d’autres cursus publics, celui-ci est plus axé sur l’artistique et l’expérimental que la technique, ce qui explique en partie que beaucoup d’étudiant·es sortant de cette formation tentent d’enchaîner avec l’ENSAD, également gratuite. L’école fait partie du RECA.

Lycée Privé Saint Étienne – Cahors

Un DN MADE dans un lycée privé, donc qui n’est pas réellement gratuit mais coûte malgré tout bien moins cher que dans des écoles privées à but lucratif (ou associative). Centré sur l’animation 2D traditionnelle et numérique, ainsi que sur un apprentissage de l’animation en volume, l’école propose à la fois une posture d’apprentissage pratique et théorique, comme souvent dans ce type d’établissement.


Quelles questions se poser quand on veut intégrer une école d’animation ?

La première question que l’on se pose avant de choisir une école d’animation est la suivante : 2D, 3D ou Volume ? Si vous n’êtes pas encore sûr·es, optez peut-être pour un cursus mixte 2D-3D, mais vous ne ferez probablement pas la même formation selon si vous souhaitez travailler sur le prochain film Minions, sur de la série d’animation 2D, ou sur des courts-métrages artisanaux.

En France, on produit encore une majorité de programmes en 2D, séries comme longs-métrages, mais ceux produits en 3D ont souvent des équipes plus conséquentes et des productions plus longues. Il n’existe malheureusement aucun chiffre en France sur l’emploi selon la technique d’animation utilisée sur les programmes. Vous pouvez cependant vous faire une idée de l’emploi en France via notre baromètre des travailleureuses.

L’autre clé pour déterminer le cursus qui vous convient le mieux et éviter les écoles peu sûres, c’est : posez des questions. Les brochures et les sites web des écoles omettent une partie des informations utiles, et ce, même avec le label du RECA. De plus, beaucoup de sites web d’établissements privés récupèrent vos données pour vous envoyer (ou non) brochures et plaquettes, autant si possible éviter cela et directement se renseigner sur place. Rien ne vaut alors d’avoir directement les élèves et les alumni devant soi, lors de portes ouvertes et de salons étudiants. Mais comme ceux-ci sont avant tout des vitrines des établissements, la présentation risque d’être un peu enjolivée. Vous pouvez alors aussi trouvez d’ancien·nes via Linkedin, ou Instagram, et leur poser vos questions.

Les Intervalles réalisent, en parallèle de cet article, un annuaire des écoles d’animation françaises, mis à jour annuellement, avec les informations pratiques nécessaires au choix d’une école. Cependant, si cet annuaire se veut objectif, il n’offre pas tout le détail des choix de chaque école, comme la gestion pédagogique, la taille des promotions et les coûts adjacents (ordinateur, logiciels, matériel artistique). Par ailleurs, toutes les écoles ne fonctionnent pas de la même façon. Certaines proposent notamment des prépas qui facilitent ensuite l’entrée dans les différents cursus existants en France, mais qui ne sont pas renseignées dans l’annuaire. 

Pour repérer les red flags des écoles, nous vous invitons à regarder l’interview de la journaliste et autrice Claire Marchal, qu’elle tire de son étude du groupe Galileo. Nous vous recommandons également son livre, “Le Cube, Révélations sur les dérives de l’enseignement supérieur privé”. Vous pouvez également lire notre étude de 2024 sur le fonctionnement des écoles privées d’animation en France, qui met en avant le manque de transparence et d’encadrement par l’État de ces dernières.

Enfin, vous trouverez ci-dessous quelques conseils, proposés par des professeur·es d’école d’animation, pour déterminer quel établissement vous convient le mieux.

Choix de l’école et du cursus

Les écoles d’animation sont diverses et variées en France, tant sur le contenu des cursus que sur leur gestion pédagogique. Certaines sont (très) sélectives à l’entrée, d’autres beaucoup moins, voire à la limite de la vente de diplômes. Parcoursup n’est pas toujours présent, pour le meilleur comme pour le pire. L’impact de cette sélection étant qu’elle élève largement le niveau des élèves, jusqu’à rendre les cursus inaccessibles à une partie d’entre elleux qui n’auraient pas la culture artistique préalable attendue et/ou le niveau équivalent à une prépa. C’est pourquoi il vaut mieux toujours prévoir plusieurs candidatures dans des écoles car votre premier choix ne sera pas forcément celui pour lequel vous serez retenu·e.

Les dates d’inscription fluctuantes

  • Les écoles les plus demandées ouvrent parfois très tôt les dépôts de dossier et candidatures pour inscription. Dans un même temps, elles ferment parfois avant la fin du deuxième trimestre, et prennent de court une partie des potentiel·les étudiant·es.
  • D’autres, à l’inverse, sont toujours à la recherche de nouveaux élèves à recruter, et on peut recevoir des mails, sms, voire appels et courriers postaux (du pur spam) tout au long de l’année proposant de rejoindre l’école, de venir aux portes ouvertes etc. De notre avis, c’est plus mauvais signe qu’autre chose.
  • Que vous hésitiez ou non, tentez de vous inscrire dans plusieurs écoles, ne gardez pas uniquement votre premier choix, qu’il s’agisse d’un ou plusieurs établissements publics et/ou privés. Attention cependant, certaines écoles ont des frais de concours ou d’inscription qui ne vous seront pas rendus même si vous décidez de ne pas rejoindre l’école. D’autres ont des frais de réservation de place (non remboursables), ce qui peut également être considéré comme un red flag.

Les coûts annuels démultipliés et peu transparents

  • Certaines écoles n’hésitent pas à accepter trop d’élèves pour ensuite mettre sur liste d’attente celleux qui ne payent pas leurs frais d’inscription suffisamment vite, quitte à leur rembourser 90% de la somme versée. La manœuvre est fallacieuse mais légale.
  • Vérifiez s’il existe des bourses, alternances, ou toute autre aide financière. Notre annuaire en liste une bonne partie mais n’entre pas dans le détail de leur fonctionnement. Un renseignement de première main sera plus complet. Certaines écoles proposent également des aides pour l’achat de matériel, et nombre d’entre elles ont des accords avec des banques pour obtenir des prêts étudiants à un taux “correct”.
  • Attention, les écoles qui proposent des alternances dès la 1ère ou 2ème année risquent d’offrir un suivi pédagogique bien moindre. À noter également, en dehors des postes d’informaticiens (IT, développeur, TD pipeline) et de gestion de production (assistant·e, chargé·e et coordinateur·ice de production), la temporalité des productions de film d’animation sont peu adaptées à l’alternance pour tous les postes d’artistes-technicien·nes.
  • Demandez ce qu’il vous faudra acheter comme matériel, informatique et artistique. Chaque école à sa politique. Il est aussi toujours bon de savoir précisément ce que les élèves auront à disposition pour travailler au sein de l’école (nombre d’ordinateurs par classe, logiciels etc.). Les logiciels coûtent cher, cela peut ajouter un coût notable au cursus si l’école n’en prête aucun. Tout comme un ordinateur et une tablette, ce ne sont pas des frais à sous-estimer.
  • Un prix élevé n’est pas représentatif de la qualité d’un cursus. On ne peut uniquement se baser dessus, surtout lorsque la plupart des écoles ne sont pas transparentes sur leurs coûts et l’évolution de ces derniers.

Quel passage d’une année à l’autre

  • Il est souvent possible d’obtenir une équivalence si vous souhaitez poursuivre vos études dans une autre école que celle où vous avez commencé, que ce soit après une prépa ou un “Bachelor” / Licence / DN MADE. Il est cependant plus difficile de rejoindre un cursus en cours de route.
  • Redoublement possible ?
    • Certaines écoles ayant un nombre de places par promotion limité, elles ne proposent pas le redoublement, parfois le passage en classe internationale (anglophone) à défaut, mais il coûte souvent plus cher. Mieux vaut se renseigner en amont, au cas où.
    • D’autres proposent aussi un passage en année supérieure sous probation, c’est-à-dire que l’élève doit redoubler d’effort au premier trimestre de la nouvelle année et rattraper son niveau.

Gestion pédagogique : les questions à se poser

  • L’école a-t-elle des professeur·es de métier ou uniquement des intervenant·es ? Selon votre profil, les premier·es pourront mieux vous encadrer là où les second·es vous donneront un meilleur aperçu du secteur professionnel, sans être nécessairement aussi pédagogiques. Les intervenant·es sont-iels présent·es pour des cours techniques précis ou de manière généraliste ? Un suivi plus approfondi nécessite une présence sur plus d’un ou deux cours, au-delà d’ateliers ou de workshops que pourrait proposer l’école.
  • Attention, certaines écoles embauchent parfois leurs ancien·es élèves un ou deux ans après leur diplôme pour donner des cours, alors même que celleux-ci n’ont aucune ou peu d’expérience professionnelle. C’est rarement une bonne décision pédagogique.
  • L’école dispose-t-elle d’un·e responsable pédagogique vers qui les étudiant·es peuvent se tourner ? Quelle est la formation de cellui-ci et du reste du corps enseignant concernant la prévention et gestion des violences sexistes et sexuelles ? 
  • Quelle est la gestion des élèves ? Autogestion comme à l’université ou suivi précis des présences, rendus de travaux etc.
  • Combien y-a-t-il d’élèves par classe ? On parle d’études pratiques, pendant lesquelles les intervenant·es et professeur·es vont devoir regarder les travaux de chaque élève. A plus de 25 élèves par classe, cela devient difficile d’assurer un suivi personnalisé, quelle que soit l’année de cursus.
  • L’école dispose-t-elle d’un·e infirmier·e et/ou d’un·e psychologue pour ses étudiant·es ? 
  • Quelles sont les horaires de travail hebdomadaires prévues et la quantité de travail à prévoir chez soi en parallèle des cours ? Certaines écoles affichent une disponibilité à toute heure du jour et de la nuit, 7 jours sur 7, encourageant plus ou moins involontairement la culture du crunch et du métier passion pour lequel on ne compte ni nos heures, ni notre fatigue. Ce qui n’est pas enviable sur un cursus de 3 à 5 ans et risque de donner d’affreuses habitudes de travail, sans parler des potentiels dégâts sur la santé physique (tendinite, canal carpien, fatigue oculaire) comme mentale (burn out).
  • Quel programme propose l’école ? Si vous n’êtes pas passé par la case prépa, vous aurez potentiellement besoin d’un encadrement un peu plus important, vérifiez donc en détail auprès de l’école ce qui est prévu en première année.

Salons et portes ouvertes, comment les tours de verre peuvent nous séduire

  • Les portes ouvertes sont préférables au salon étudiant : on a l’occasion de visiter les locaux, de s’assurer du matériel disponible, et d’avoir un retour d’élèves, alors que le salon étudiant est une pure vitrine de vendeur qui n’offrira pas le recul nécessaire pour choisir son école dans les meilleures conditions. Certaines écoles pressurisent même leurs élèves à tenir leur stand aux salons étudiant·es, quitte à mentir au public intéressé, ou à leur survendre les cursus, contre quelques points supplémentaires sur leur bulletin.
  • Aux portes ouvertes, allez voir les ancien·nes élèves s’il y en a, qui seront probablement plus honnêtes sur la réalité des cursus que les pamphlets et brochures imprimées par l’école. 
  • Posez des questions non seulement sur l’école, mais sur les emplois et le secteur professionnel qui en découlent. Attention aux chiffres présentés par l’école : le taux d’insertion n’est pas forcément représentatif des capacités de l’établissement puisqu’il inclut souvent les stages qui ne débouchent pas forcément sur un emploi, voire les emplois alimentaires pris par les élèves après leur diplôme. Concernant les écoles avec le label du RECA, les pourcentages d’insertion professionnelle devraient  être plus justes et précis à partir de 2026. 
  • Attention à la mise en avant des alumni parti·es à l’étranger : iels sont une minorité et sont peu représentatif·ves de l’ensemble du secteur professionnel. Idem pour celleux ayant participé à de grosses productions reconnues à l’internationale (Astérix, Arcane, films Disney, Dreamworks, Pixar etc.) : iels ne représentent pas la majorité des travailleur·euses de l’école. Cela pourrait même parfois s’apparenter à un biais du survivant.
  • Si les portfolios entrants et sortants sont disponibles durant les portes ouvertes, prenez le temps de les regarder et comparez. Discutez avec les élèves du temps qu’iels ont passé sur ces travaux, de l’encadrement dont iels ont bénéficié.
  • Demandez aux élèves comment l’école organise le quotidien : de manière scolaire avec un emploi du temps précis d’heure en heure ou avec une certaine liberté, dédiée à des projets plutôt qu’à des cours didactiques. Selon ce dont on a besoin comme encadrement et soutien pédagogique, cela importe.
  • Demandez s’il y a des associations étudiantes et BDE au sein de l’école, qui peuvent organiser une entraide entre élèves, notamment sur la vente de matériel. Si l’école refuse ouvertement la création d’association, c’est un sacré red flag.

Que peut-on apprendre d’une école avec les films de fin d’étude ?

  • Toutes les écoles ne font pas de film de fin d’étude. Certaines proposent des projets courts, ou sur plusieurs mois voire sur une année complète, seul·e ou en groupe.
  • Ceux réalisés en groupe permettent d’apprendre à travailler en équipe, primordial dans notre secteur professionnel, pour voir l’ensemble de la chaîne de fabrication d’une œuvre animée.
  • Tous les courts servent de vitrine en sortie d’école mais ne sont pas forcément immédiatement visibles puisque les écoles peuvent vous proposer/amener à les présenter à des festivals, ne les postant de ce fait pas directement sur Youtube. Toutes les écoles ne postent pas les courts de fin d’étude de leurs élèves en ligne, ce qui les rend plus difficiles à visionner.
  • Si les courts-métrages des Gobelins sont particulièrement visibles, ils bénéficient d’un rapport privilégié avec les médias, plateformes web et festivals français. Cela ne signifie pas que les courts des autres écoles soient moins bons. Les Gobelins occupent historiquement une place à part dans le secteur du film d’animation français, mais ce n’est pas la seule école de qualité qui existe.
  • Le court de fin d’étude permet de se détacher des exercices intégrés dans les bande-démos qu’on retrouve d’un·e élève à l’autre une fois sorti·e d’école et qui sont de ce fait parfois peu suffisants pour se représenter les capacités des jeunes diplômé·es.
  • Le court donne aussi une visibilité du type de profil que l’école veut mettre en avant : de technicien·nes spécialisé·es ou des auteur·ices réalisateur·ices qui proposent des courts avec des thématiques et des narrations fortes et originales.
  • Attention cependant, certaines écoles font intervenir des professionnel·es (en intervenant·es) pour seconder leurs élèves sur les courts de fin d’étude. Il arrive aussi que des élèves se fassent largement aider par d’autres étudiant·es plus jeune pour pouvoir finir le film dans les temps. Ce n’est pas nécessairement quelque chose de négatif mais c’est parfois moins représentatif des capacités réelles des élèves en fin de cursus. Comparez si possible avec des exercices faits la même année ou la précédente.

Avec ces quelques conseils et précisions, vous voilà paré·es pour choisir au mieux votre école d’animation ! Au besoin, n’hésitez pas à nous contacter directement !